Attention : événement. L'artiste américain Jeff Koons, pape du néo-Pop et recordman des salles de vente, exhibe ses sculptures ultra-contemporaines sous les ors écrasants de Versailles. Un passionnant choc visuel et mental, à quelques exceptions près.

Jeff Koons, costume impeccable et sourire jusqu'aux oreilles, monte la volée d'une centaine de marches qui sépare le parterre de Orangerie, où trône sa monumentale sculpture de fleurs Split-Rocker, de la terrasse qui surplombe les jardins de Le Nôtre. Autour de lui, une nuée de journalistes tente de capter quelques phrases de l'artiste qui échapperaient au discours officiel. En vain. Tel Louis XIV en promenade entouré de sa cour, l'artiste américain est aujourd'hui le principal ordonnateur de la fête.

Le « monde à l'envers »

Avant même le début du montage de l'exposition, les commentaires allaient bon train, mettant en cause l'opportunité d'une telle invitation, que l'on doit à l'initiative de Jean-Jacques Aillagon, ex-ministre de la Culture et actuel président du château - et par ailleurs ex-conseiller de François Pinault, lui-même grand collectionneur de Jeff Koons. Dans une tribune publiée dans Le Figaro, l'académicien Jean Clair, éminent historien de l'art auquel on doit la brillantissime exposition « Mélancolie » organisée en 2005 au Grand Palais, y voit les travers du monde de l'art contemporain, « nef des fous », « monde à l'envers » où règne la notion de « décalage ».

Plutôt que de décalage, on parlerait plutôt d'écho, tant la plupart des oeuvres exposées à Versailles répondent avec justesse - et souvent humour - au décor des salles qui les accueillent. Du Rabbit (animal symbole de fertilité depuis le Moyen-Âge) dans le Salon de l'Abondance, à Moon (Light Blue), immense œil-de-boeuf bleuté qui réfléchit la Galerie des Glaces toute entière, en passant par le Hanging Heart (Red/Gold) dans l'alcôve de l'Escalier de la Reine, le parcours a été savamment pensé et judicieusement dosé par les commissaires de l'exposition, Laurent Le Bon et Elena Geuna, pour permettre aux œuvres anciennes et contemporaines de respirer, et au spectateur de les contempler avec la distance et l'ironie nécessaires. Quelques face-à-face cependant tombent à plat, comme le fameux Lobster trop malingre dans le Salon de Mars, ou le trop terne Bear and Policeman dans le somptueux Salon de la Guerre.

Néo-rococo ?

Certes, l'expo est un show, et se revendique d'ailleurs comme tel, mobilisant les services Spectacle du château. Et c'est précisément ce pourquoi les œuvres de Jeff Koons entrent en parfaite résonance avec Versailles, architecture-spectacle. Les rapports entre le baroque de l'architecte Hardouin-Mansart, du peintre Le Brun et du paysagiste Le Nôtre et le néo-Pop kitsch de Jeff Koons, que l'on rappelait ici, sont nombreux, même s'ils sont anachroniques : goût pour l'illusion ("faux ballons gonflables en aluminium ou acier"), le décoratif (voir le Vase de fleurs en bois peint dans la Chambre de la Reine), le clinquant (utilisation du marbre et de l'or), monumentalité, sensualité, art réservé à une élite, démonstration de richesse, etc. Quelle que soit l'opinion des visiteurs sur les œuvres de Jeff Koons, ces rapports sont évidents - le néo-rococo, une nouvelle catégorie de l'histoire de l'art ?


Jeff Koons Versailles, expo au Château de Versailles, du 10 septembre au 14 décembre 2008.
Entrée libre le samedi 4 octobre 2008 de 18h30 à 3h du matin, à l'occasion de la Nuit Blanche.


Magali Lesauvage



Sur Flu :
- Toute l'actu de l'art contemporain sur le blog arts

Sur le web :
- Le site de Jeff Koons Versailles



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