Cinq ou six fois par jour on vous invite à rejoindre le groupe "Non à Edvige" de Facebook. C'est une blague ?


Sur le forum : Edvige, Facebook, quels sont les fichiers les plus dangereux ?

- Lire aussi Edvige 34 ans déjà, une anthologie télévisuelle du fichage sur le blog politique. (Avec l'INA).

A moins que vous ayez passé les derniers jours en préventive, vous avez forcément entendu parler d’ Edvige, fichier qui permet de recenser des informations précises sur les personnes susceptibles de porter atteinte à l'ordre public, ou qui exercent un mandat politique ou syndical. Si de nombreux points du fichier sont contestables ( informations sur la santé , fichage des mineurs…) la levée de boucliers suscitée « on-line » a quand même de quoi surprendre.

Déjà 28 000 fichés !

Outre la pétition qui a déjà recensé plus de 130 000 signatures, nombre d'habitués de réseaux sociaux montent en effet au créneau, notamment sur Facebook où pas moins de 28 000 personnes ont déjà rejoint des groupes de contestation, ( Non à Edvige, pour obtenir l'abandon du fichier Edvige …).
28 000 personnes à la conscience politique probablement supérieure à la moyenne de leurs contemporains- et qui donc ont toute leur place sur le futur fichier, Facebook étant de loin sur ce point le meilleur auxiliaire de police qui soit.
A part l'état de santé des recensés, la plupart des informations requises par Edvige sont d'ailleurs super facebook friendly : orientation sexuelle ( single , interested in women ), appartenance à des groupes diversement politiques ( Je suis de gauche et je m'habille chez Zadig et Voltaire ), connexions éventuelles avec d’autres activistes ( Daniel updated his top friends ) .
D’autres informations livrées à qui voudra en disent autant qu’un journal intime retrouvé pendant une perquisition chez une jeune militante du DAL. ( les blogs narrant ruptures, fantasmes, problèmes de boulot etc…)

Qui a reçu un mail de Google ?

On objectera facilement que le désir constitue la différence notable entre les deux pratiques. Personne ne vous force à partager avec des inconnus vos problèmes de culs ou votre envie de tout péter.
Essentielle, celle-ci n’explique pourtant pas tout. On désire livrer une information mais le contrôle de celle-ci nous échappe totalement : Qui sait précisément comment sont utilisées les données qu’il laisse comme des cailloux un peu partout sur le web à la faveur de moult navigations ? Qui a déjà reçu une réponse de Google ? Qui peut sincèrement dire qu’il maîtrise l’ampleur de la diffusion et l’utilisation ultérieure des infos par d’autres sociétés privées ? Qui (bordel) ne s'est pas fait planter pour avoir malencontreusement posté sur le wall d'une ancienne stagiaire un mot doux censément secret ? Erm..reprenons...

Une vigilance amoindrie

Globalement, convenons que la vigilance avec laquelle les citoyens protègent leur vie privée s'est tout de même largement amoindrie. Comment expliquer un tel distinguo entre les pratiques ordinaires "on-line" et les pétitions de principe.
Le point sus-mentionné explique en partie l’ampleur de la mobilisation dans un contexte d’utilisation sociale de la technologie qui s’y prête peu. Nous sommes tous largement imprégnés d’Orwell et par extension de toute une fantasmagorie de la société du contrôle social essentiellement mise en place par..l’Etat.
L’idée d’une connaissance totale des citoyens et de leurs émotions pour anticiper et/ou modifier leurs aspirations politiques est d'ailleurs un grand must de la narration SF. Qu’un gouvernement organise et utilise - de manière pourtant nettement moins performante que bien des entreprises - la collecte de données, suffit à éveiller en nous le soupçon du fascisme.

Un newsfeed d'Edvige ?

Que des fichiers type Edvige posent des questions est indiscutable. Mais la contestation massive et immédiate que le fichier suscite chez les utilisateurs de réseaux indique un rejet total du dispositif. Peut-être parce qu'à la différence de Facebook et de Big Brother, Edvige ne fonctionne pas en totale transparence. Un "newsfeed" ( fil d'info de l'actualité de vos amis sur facebook) du fichier apaiserait-il les tensions ? (Pabloa rejoint le fichier RG des gauchistes de la Nièvre, Jessica is no more listed as an eco-warrior by the DST etc..)

Certes les contestataires ne sont pas dupes et on trouve des groupes du genre Edvige pire que Facebook ou Edvige ne sert à rien Facebook est là... Mais à quoi bon alors ?

Reste alors le dernier argument pour expliquer l'ampleur de la contestation : la mauvaise conscience avec laquelle nous livrons dans le même mouvement nos états d’ames les plus intimes et les informations les plus personnelles nous pousse à épouser toute contestation simple et fédératrice qui nous ramène à la société d’avant. Celle où on ne balançait pas sans pudeur des infos persos, celle où être sur un fichier client vous condamnait juste à recevoir un catalogue Blanche Porte deux fois par an. Celle où la technologie policière ne pouvait être qu’au service d’un état fascisant dont on connaissait l’adresse. On sait depuis Orwell justement que Big Brother, lui, n'a pas de visage...

Daniel de Almeida



Sur Flu
- Articles et news sur la surveillance et les réseaux sociaux sur AEIOU.