Pour nous autres lecteurs, la rentrée littéraire est surtout l'occasion de se faire des petites provisions de lecture qui rendront l'automne moins cafardeux. Pour les écrivains, elle correspond à un moment bien plus sacré...
3. L'écrivain est soulagé de se débarrasser enfin d'un texte qui lui a causé tant de peine, de nuits blanches et de soucis. Après quelques mois ou années passées ensemble, nos propres histoires nous fatiguent, nous dégoûtent. Le livre est bouclé, encapsulé pour l'éternité/l'oubli éternel : bon débarras ! La rentrée littéraire, c'est une aventure douloureuse qui s'achève, un fantôme qu'on enterre (voir Régis Jauffret de cette année), un boulet qu'on détache de sa cheville gauche, etc.
7. La rentrée rend humble et mégalo à la fois. Elle ramène à la petitesse de l'écrivain. Ils étaient 343, ils sont rentrés bredouilles. Une table de rentrée, c'est l'apprentissage de la modestie : on ne se trouve pas, on ne se trouve plus. Être publié, c'est aujourd'hui comme faire du jogging. N'importe qui y a droit ou presque. Il fut un temps où on avait vraiment la classe d'aller courir 20 minutes dans le bois de Vincennes avec des Nastase. Aujourd'hui, on se sent tout petit et perdu dans l'immensité. L'écrivain a cette sensation : faire partie des happy few qui écrivent mais qui sont condamnés à devenir des sad plenty.A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
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