Compilations rétrospectives, influence assumée et revendiquée par les acteurs contemporains de la pop et du rock, l’Afrique, sa culture, ses musiciens mythiques, ses rythmes complexes, ses textures sonores et ses mélodies débarquent en force dans le champ des musiques actuelles. Panorama saisi sur le vif.

Difficile de le nier aujourd’hui, de Mahjongg pour les plus authentiquement inspirés, à Vampire Weekend, pour les plus hypes (ce qui ne veut pas forcément dire malhonnêtes, même si la rédaction de Fluctuat est partagée à leur sujet), l’Afrique impose magistralement ses codes, ses constructions rythmiques et ses harmonies dans le cœur des artistes occidentaux. Beaucoup plus qu’au sein des musiques électroniques pour lesquelles ces influences sont présentes depuis le début (remember, la techno c’est "la rencontre de Krafwerk et Funkadelic dans un ascenseur" comme disait Derrick May, auquel on pourrait ajouter, le disco et la house sont "la rencontre de Fela Kuti, Sun Ra et des Temptations avec Stockhausen, Can et Giorgio Moroder"), cette résurgence et cette fascination sont bien plus étonnantes en ce qui concerne la pop et le rock actuel. Surtout qu’en la matière, les "emprunts" occidentaux au patrimoine musical très riche du continent africain font immédiatement penser aux pires expériences des années 80, avec sa cohorte de musiciens colonisateurs gagnants renommés et dollars à la pelle, sous le prétexte de créer une world music plutôt galvaudée si on la compare aux originaux.

Outre Atlantique

Cependant, la nouvelle génération de musiciens world, si on devait l’appeler comme ça, semble bien documentée, et surtout un poil plus sincère que ses aînés, puisant dans le répertoire High-Life et Afro-Funk (ou Afro-beat), les rythmiques mandingues ou yoruba, le jeu de guitare congolais et les basses rebondies du reggae ghanéen, avec un enthousiasme juvénile qui, s’il ne rapporte certes pas un rond aux fondateurs de ces musiques, n’a pas non plus pour but de récupérer une culture ou de s’approprier un son. Après tout, les musiques africaines (puisqu’elles sont plurielles) font aujourd’hui partie du patrimoine de l’humanité et chacun est libre de s’en inspirer sans pour autant culpabiliser. Tandis que Vampire Weekend est accusé de vampiriser sans vergogne les rythmes africains, les américains deYeasayer par exemple, mélangent avec brio afro-funk et folk psychédélique sur leur premier et excellent album All Our Cymbals (chaudement recommandé !). C’est aussi ce que fait le groupe Mahjongg (sur leur album Kontpab) : dans l’élaboration de leur non-rock déstructuré, profondément irrigué de polyrythmies africaines. Idem pour les free-jazzeux deBattles, la révélation du label Warp, dont l’album Mirrored, paru l’an dernier s’inspire autant du groove fiévreux de Fela que des improvisations roots d’Ornette Coleman.

En Europe

De l’autre côté de l’Atlantique, les Français de NLF3, réussissent une hybridation étonnante d’inspiration africaine et de musique électronique, voire post-rock sur Echotropic, à la manière dont le firent, un temps, les Américains de Tortoise. Ce trio formé en 2003 étonne par la précision de leurs compositions à la fois primitives et savantes, profondément psychédéliques mais également baignées d’influences afrobeat, d'electro-folk et d’exotica baroque. Quant aux Ecossais de Franz Ferdinand, en pleine session d’enregistrement de leur troisième album, ils avouent une passion pour la soul des 60’s, ses influences rythmiques mais surtout de la musique africaine qui domine leur playlist actuellement.

On ne peut que s’interroger quand à la passion actuelle des petits blancs pour ces musiques. Peut-être doit-on se phénomène à des personnalités comme Quinton Scott, patron du label Strut ou Soundways, qui ressortent régulièrement des trésors comme Nigeria 70, Lagos Jump (pour le premier) et Nigeria Disco Funk Special (pour le second), deux compilations se concentrant sur la production nigerianne des années 70, une époque particulièrement brûlante, en matière de groove comme de revendication politique, qui semble largement inspirer la toute jeune génération de producteurs et d’artistes occidentaux contemporains.
N’oublions pas l’autre référence de chez Soundways, Nigeria Rock Special, explorant plus précisément les épigones du rock à guitare africains, eux-même influencés par les pontes du genre, Jimi Hendrix, Led Zeppelin ou Santana. A ce propos, au rythme où déboulent ces merveilles chez nous, gageons que ce phénomène ne sera pas qu’un engouement passager et que la mondialisation, culturelle cette fois, apportera un peu de fraîcheur dans la production pop formatée de l’hémisphère nord du globe.




Maxence Grugier




- Exprimez-vous sur le forum Musique
- Ecoutez nos radios (Radio Pop Rock, Radio Hip Hop...)
- Parcourir les fils rock et pop sur le blog musique
- Consulter le who's who du rock et le who's who de la pop sur l'encyclo musique
- Et lire Notre collec Histoire de la Musique : Histoire du rock psychédélique, Histoire du Rock...


• Les news de Playlist, le blog musique
Morrissey : la tragicomédie continue Morrissey : la tragicomédie continue
Morrissey - Liverpool Arena La tragicomédie Morrissey...
Los Campesinos! jouent les funambules Los Campesinos! jouent les funambules
Le troisième album de Los Campesinos ne sortira que le 1er février...
Les prénoms les plus cités dans la musique depuis 1891 Les prénoms les plus cités dans la musique depuis 1891
Des stats au graphisme ! C'est avec cette devise que Dorothy...
En images : Reformations de groupes, les différents modèles En images : Reformations de groupes, les différents modèles
Les années 2000, années des reformations ? Entre les heureuses,...
Mark E Smith nous donne des nouvelles de The Fall Mark E Smith nous donne des nouvelles de The Fall
crédit photos : Visi.com   Enthousiasmé (une fois de plus...

• Nés aujourd'hui


• Les radios Flu


• Sur le forum Musique

Forum MAO-ABLETON LIVE-MASTERING(M-A-M)Forum Ableton Live en Français!!Forum Guitar RigLa Rue Kétanou : Tournée, Album, Street-Te...I'm a quiet cool black