L'Afrique en force
Compilations rétrospectives, influence assumée et revendiquée par les acteurs contemporains de la pop et du rock, l’Afrique, sa culture, ses musiciens mythiques, ses rythmes complexes, ses textures sonores et ses mélodies débarquent en force dans le champ des musiques actuelles. Panorama saisi sur le vif.
Outre Atlantique
Cependant, la nouvelle génération de musiciens world, si on devait l’appeler comme ça, semble bien documentée, et surtout un poil plus sincère que ses aînés, puisant dans le répertoire High-Life et Afro-Funk (ou Afro-beat), les rythmiques mandingues ou yoruba, le jeu de guitare congolais et les basses rebondies du reggae ghanéen, avec un enthousiasme juvénile qui, s’il ne rapporte certes pas un rond aux fondateurs de ces musiques, n’a pas non plus pour but de récupérer une culture ou de s’approprier un son. Après tout, les musiques africaines (puisqu’elles sont plurielles) font aujourd’hui partie du patrimoine de l’humanité et chacun est libre de s’en inspirer sans pour autant culpabiliser. Tandis que Vampire Weekend est accusé de vampiriser sans vergogne les rythmes africains, les américains deYeasayer par exemple, mélangent avec brio afro-funk et folk psychédélique sur leur premier et excellent album All Our Cymbals (chaudement recommandé !). C’est aussi ce que fait le groupe Mahjongg (sur leur album Kontpab) : dans l’élaboration de leur non-rock déstructuré, profondément irrigué de polyrythmies africaines. Idem pour les free-jazzeux deBattles, la révélation du label Warp, dont l’album Mirrored, paru l’an dernier s’inspire autant du groove fiévreux de Fela que des improvisations roots d’Ornette Coleman.
En Europe
De l’autre côté de l’Atlantique, les Français de NLF3, réussissent une hybridation étonnante d’inspiration africaine et de musique électronique, voire post-rock sur Echotropic, à la manière dont le firent, un temps, les Américains de Tortoise. Ce trio formé en 2003 étonne par la précision de leurs compositions à la fois primitives et savantes, profondément psychédéliques mais également baignées d’influences afrobeat, d'electro-folk et d’exotica baroque. Quant aux Ecossais de Franz Ferdinand, en pleine session d’enregistrement de leur troisième album, ils avouent une passion pour la soul des 60’s, ses influences rythmiques mais surtout de la musique africaine qui domine leur playlist actuellement.
On ne peut que s’interroger quand à la passion actuelle des petits blancs pour ces musiques. Peut-être doit-on se phénomène à des personnalités comme Quinton Scott, patron du label Strut ou Soundways, qui ressortent régulièrement des trésors comme Nigeria 70, Lagos Jump (pour le premier) et Nigeria Disco Funk Special (pour le second), deux compilations se concentrant sur la production nigerianne des années 70, une époque particulièrement brûlante, en matière de groove comme de revendication politique, qui semble largement inspirer la toute jeune génération de producteurs et d’artistes occidentaux contemporains.
N’oublions pas l’autre référence de chez Soundways, Nigeria Rock Special, explorant plus précisément les épigones du rock à guitare africains, eux-même influencés par les pontes du genre, Jimi Hendrix, Led Zeppelin ou Santana. A ce propos, au rythme où déboulent ces merveilles chez nous, gageons que ce phénomène ne sera pas qu’un engouement passager et que la mondialisation, culturelle cette fois, apportera un peu de fraîcheur dans la production pop formatée de l’hémisphère nord du globe.

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