La 17 e édition de Fest'arts a confirmé la bonne tenue du festival libournais consacré aux arts de rue. Les spectacles de Dankan Du Houet, Yukiko Nakamura et Les Commandos Percu ont constitué trois moments forts cette année. Revue de détails.
Dankan Du Houet
Une poignée de danseurs, trois musiciens, une chanteuse-danseuse, et la rue se transforme en faubourg de Bobo Dioulasso (Burkina). Respectueux et complice, le public sait s’écarter et faire place aux évolutions chorégraphiées, d’un simple geste ou d’un regard des danseurs et des organisateurs, discrètement présents.
Croulant sous les distinctions et les récompenses, Dunkan Du Houet sait allier la création contemporaine à la danse traditionnelle, au service de thèmes forts (la sécheresse, la mendicité, l’esclavage) ou plus légers (la présentation d’une jeune mariée dans le village).
En voyant ce spectacle dans le cadre d’un festival d’arts de la rue, on ne peut qu’apprécier l’ouverture d’esprit du programmateur. Il est très juste, en effet, de confronter les créations hexagonales estampillées « rue » aux productions extra-européennes, présentées la plupart du temps en plein air dans leur pays d’origine. Avec Dankan Du Houet, on retrouve le sens du déambulatoire et de la fête, tout en gardant une exigence aigue en matière de création et d’interprétation chorégraphiques. De telles rencontres ne peuvent que revivifier les arts de la rue de nos contrées.
Yukiko Nakamura
A l’opposé, même si d’autres avant elle se sont livrés à de telles expériences, Yukiko Nakamura propose un moment d’une force rare, où la danseuse couverte d’une seule couche de maquillage blanc, livre son intimité à la foule. Une intimité physique au premier abord, mais surtout mentale, spirituelle, car la force du corps nu, seul, sans artifice, force le badaud devenu spectateur à rentrer en lui-même, en résonance avec ce qui se joue et se vit devant lui.
Le public libournais, aguerri au bout de dix-sept éditions du festival, a accompagné avec respect et décence cette proposition, là encore assez unique dans une programmation de spectacles de rue. Dans l’allée des lanceurs de diabolo ou au beau milieu des étals du marché, Yukiko Nakamura a su s’imposer, malgré les inévitables questions que sa proposition suscite. Pour l’heure, on peut gager que le contexte du festival y est pour beaucoup : à temps exceptionnel, ouverture d’esprit exceptionnelle. Une telle performance, dans la routine du quotidien, aurait peut-être plus de mal à se faire accepter.
Les Commandos Percu
Mais Fest’Arts sait aussi laisser la place aux spectacles plus rassembleurs. A force d’entendre les craquements des feux d’artifice, inévitablement associés à la magie visuelle, on pouvait se dire que ces rythmes saccadés, filés, dissociés seraient de formidables bases pour une composition musicale ad hoc. Il fallait y penser : ils l’ont fait. Les Commandos Percu ont creusé l’idée et ont abouti, avec Très méchant(s), à une création unique, d’une finesse rare. Les feux ne sont pas seulement la base de leur composition, mais de véritables partenaires pour les percussionnistes qui jouent en direct, comme accompagnant les craquements des pétarades.
Le plus de ce spectacle est sans doute que l’on peut autant apprécier la musique que le visuel, car la partie pyrotechnique proprement dite est, elle aussi, très soignée, très élégante et, comble de raffinement, permet de « voir les étoiles », comme le revendique Raymond Gabriel, le directeur artistique de la compagnie.
Pour cette édition particulièrement riche, Fest’Arts avait fait le choix d’une programmation variée, exigeante et populaire, à l’image de son public, venu là pour s’amuser, pour vibrer, et pour ressentir des émotions portées par des artistes qui ont fait le choix de s’exprimer dans les espaces publics, ou du moins en dehors des sentiers battus de la diffusion culturelle traditionnelle. Chapeau pour cet éclectisme bien maîtrisé et, en un sens, exemplaire !
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