Le sculpteur allemand Harald Klingelhöller présente à la Galerie Nelson un ensemble d'œuvres qui, à travers des mots illisibles et des livres sans textes, jouent avec le langage, l'espace et la mémoire.

Une énorme spirale de lettres, percée d'une tige en bronze, se déploie dans la salle du rez-de-chaussée de la Galerie Nelson. Le sculpteur allemand Harald Klingelhöller nous propose une lecture à l'infinie de l'œuvre, compréhensible uniquement par son titre, Wie Weiss Die Wände Waren Und Wie Vergessenes Sich Andern Wird que l'on pourrait traduire littéralement par "Combien blancs étaient les murs et comment ce qui a été oublié se transformera". Obscure de prime abord, cette phrase révèle, en réalité, les préoccupations de l'artiste. Les murs blancs désignent à la fois l'exposition et le passé, une réflexion sur la création elle-même.
Cette œuvre, dont la légèreté de composition pondère l'imposante stature, se fait l'écho de celle présentée au premier étage, Walls, Measure and Words, composée de lettres en papier brun et d'une tige en bronze en forme de flèche indiquant une mesure irréelle, des dimensions à inventer mentalement. Mêlant le langage et la sculpture, Harald Klingelhöller explore des domaines d'expression sensiblement différents qu'il pose dans un équilibre précaire : les successions de lettres sont illisibles et seule la tige de bronze semble retenir la structure. Cet assemblage favorise un ensemble de formes abstraites, interrogations à la fois sur le langage, la répétition et la notion d'espace fictif. La tige de bronze s'oppose aux lettres en l'époxy laminé gris ou au papier. Harald Klingelhöller joue sur les contrastes des matériaux, sur la solidité et la fragilité et sur la temporalité qu'ils représentent.

Des livres-sculptures, composés de photos mais dont le texte est absent, viennent alimenter ces notions. Simplicité formelle et richesse de sens s'entremêlent et se confondent. Représentant de la sculpture dite "constructive" qui entend réduire les frontières entre l'architecture, le mobilier et la sculpture, Harald Klingelhöller questionne cette dernière, traditionnellement considérée comme un art de la durée. Les contrastes de temporalité évoqués dans l'utilisation des matériaux interrogent directement le principe de création. Le titre Jeder Mensch ein Kunstler - Comme une phrase de Beuys - Comme une des trois versions s'inspire du principe artistique "chaque homme est un artiste" de Joseph Beuys, qui fut professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Düsseldorf, où Harald Klingelhöller étudia. Les livres-sculptures et ce titre, auto-citation et citation dont l'artiste est friand, explorent par ce biais différentes facettes du langage. Lawrence Weiner écrivait des phrases à même les murs, Harald Klingelhöller les déploie dans l'espace réel ou imaginaire, conciliant forme et concept.

Harald Klingelhöller
Galerie Nelson
40 rue Quincampoix
75004 Paris
M° Rambuteau - M° Châtelet
Du mardi au samedi de 14h00 à 19h00
Jusqu'au 5 juillet 2003
Tel : 01 42 71 74 56

[Illustration : Harald Klingelhöller, Wie Weiss Die Wände Waren Und Wie Vergessenes Sich Andern Wird, détail, 2003]

Ophélie Lerouge




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