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Je ravais d'un autre monde
Le mouvement rave fête ses 20 ans en 2008. Apparue à Ibiza, la rave fait partie intégrante de la culture techno et incarne également une utopie, celle d’un nomadisme électronique et d’un monde parallèle possible. Voici son histoire, des Baléares à son institutionnalisation récente.
1. Ibiza, berceau de la rave culture
C’est donc au sud de l’île principale de Majorque, à une centaine de kilomètres à l'est du cap de La Nao, au cœur de la Mecque hippie, que les raves virent le jour. A Ibiza (Eivissa), l'Amnesia et ses soirées "mousse", le Pacha, le Ku, le Privilège ou encore, le Space, deviennent les symboles d'un mode de vie alors totalement underground même s’ils finiront par s'institutionnaliser et devenir une industrie. A l'époque ce sont les basses répétitives, le tempo mécanique et les ondes hypnotiques générées par la TB-303, la TR-808 et la TR-909 (modèle de synthé et boîtes à rythme de la marque Roland) qui font la loi. Cette musique aura le même impact que le jazz en son temps : elle jette toute une génération dans la trance et bâtit une nouvelle culture. Le son dit "baléaric", initié par les premiers DJ espagnols, percute de plein fouet les touristes anglais en villégiature sur le site et les descendants des travellers et des hippies. Médusés, ceux-ci découvrent ce style mélangeant le rock psychédélique et les rythmes électroniques de la house la plus acid. Ajouté à la chaleur et aux drogues qui circulent allègrement, l’ambiance change du tout au tout. Les soirées ne finissent plus, la fête est sans fin. Eblouis, les pionniers comme Paul Oakenfold, qui fut l'un des premiers à importer la house d'Ibiza et ses sons inouïs en Grande-Bretagne, ou encore Nick Holloway et Danny Rampling se lancent dans l’animation de soirées mythiques au sud de l’île. A Ibiza, la fête commence dans les clubs, mais elle finit souvent en rave sauvage sur la plage. C’est le début d’une nouvelle façon de danser.
2. England sound better on acid
De retour sur la grise Albion, Oakenfold, Holloway et Rampling exportent cet esprit et ce son. C’est l’avènement de l’acid house. Initialement apparus à Chicago, cette musique et ce style de vie envahissent peu à peu l’Europe. C’est donc en Angleterre que les raves s’imposent progressivement comme une véritable culture pour une génération abandonnée par le système et prête à tout pour oublier la grisaille du monde qui les entoure. Dans ce pays sinistré après une décennie de new wave et de brit pop, les Britanniques découvrent le plaisir de la danse et s’évadent parfois presque 72 heures d’affilées, vendredi et nuit du dimanche au lundi comprise, pour reprendre, fatigués mais heureux, une semaine de dur labeur. Pour cela, il y a les clubs locaux bien sûr. Le Spectrum, le Future, le fameux Shoom de Danny Rampling, le Project de Paul Oakenfold et la mythique Hacienda à Manchester, qui rythment les nuits anglaises. Ces oasis de détente - et de défonce – sont payants et les places sont chères, or, la jeunesse anglaise est pauvre, il faut trouver une alternative au club, quitte à faire tout de même payer l’entrée mais de façon plus modérée. C’est là qu’interviennent les raves.

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