Regard sur la nouvelle littérature urbaine
Tibo Bérard est le jeune éditeur de la collection eXprim' chez Sarbacane. Très ouvert d'esprit et ultra rigoureux, il milite pour faire entendre les nouvelles voix d'une littérature urbaine, qu'il veut percutante, métissée, et qu'il qualifie volontiers d'électrique. Le temps d'un entretien, Tibo Bérard nous dit son amour des mots, et ses ambitions pour la collection eXprim'.
C'est une littérature qui est davantage dans la truculence que dans la sobriété, par opposition à ce que l'on appelle les écritures blanches en France, qui est vraiment un vieux truc qu'on traîne depuis longtemps. Je suis un lecteur de Céline, mais aussi de Rabelais, d'Albert Cohen, d'auteurs qui sont souvent, finalement, dans le "trop".
D'abord, je trouve dommage que certains auteurs talentueux rentrent dans le jeu médiatique, en donnant une vision misérabiliste de la banlieue, et en négligeant le style. Un véritable roman ne doit pas se confondre avec le témoignage ou l'essai. Le roman, c'est la langue. La folie du mot, une jubilation. Ecrire pour développer des idées, faire passer des messages, ce n'est pas une bonne idée. L'idée de message est ce qui fait croire aux gens que lire des livres c'est apprendre à vivre... alors qu'un livre ne transmet pas une vision. C'est juste qu'en passant par le prisme de la fiction, les auteurs traitent du réel, mais le traitent à vif, sans digressions déguisées. On travaille de notre côté à sabrer des passages plutôt pamphlétaires, sur Sarkozy par exemple, et qui ont peu d'intérêt. Un auteur doit disparaître derrière un roman. Ce ne sont pas ses idées sur la vie, mais son histoire et la façon dont il la raconte qui m'intéresse. Cette histoire doit parler de notre époque et éviter les poncifs. La littérature urbaine parle de nos sociétés par sa vigueur, et uniquement de cette façon là. Elle n'est pas une littérature à message.
Je pense que si les ados aiment bien lire nos bouquins, c'est parce qu'eux recherchent justement cette modernité, cette énergie particulière. Il se trouve que nos auteurs sont jeunes aussi : c'est la jeunesse qui fait bouger les choses, non ? Après, je ne cherche pas spécialement des thèmes concernant des ados. J'adorerais tomber sur un manuscrit célinien qui se passe dans une maison de retraite !A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : naissance / nationalité / métierA B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9
Afficher par : genre litteraire / éditeur