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Tatiana Trouvé au centre Pompidou

Chercher la quatrième dimension


Tatiana Trouvé au centre Pompidou


« 4 between 2 and 3 », au Centre Pompidou, Espace 315, jusqu'au 29 septembre 2008

Lauréate du prix Marcel Duchamp décerné lors de la Fiac 2007, l'artiste Tatiana Trouvé bénéficie d'une exposition personnelle au Centre Pompidou. Ses œuvres déroutantes explorent les interstices intelligibles de l'espace et du temps. Plongée dans un univers résolument duchampien.


Failles spatio-temporelles

Plasticienne italienne vivant en France, Tatiana Trouvé fait partie de ces artistes dont le travail invite spontanément à la dissection et à l'interprétation. A moins que ses installations, sculptures et œuvres sur papier, à la fois technicistes et organiques, ne se laissent saisir comme des objets sans but et sans origine, dans une poésie des « intermondes », tels que les qualifie le philosophe Elie During.

Connue pour son Bureau d'activités implicites (BAI), qui depuis 1997 archive, sous forme de modules et de maquettes (les Polders), des projets inachevés, Tatiana Trouvé situe ses œuvres dans des entre-deux : entre passé et futur, souvenir et oubli, dedans et dehors, ombre et lumière... Pour cette exposition dans l'Espace 315 du Centre Pompidou, elle redéfinit la perception de cette surface de 315 m², en niant les limites et en démultipliant les angles de vue par des couloirs dont on ne connaît pas la profondeur, comme des failles dans le temps et dans l'espace.

Résolument Duchamp

Jeu sur les échelles et jeux de miroirs, matières factices, espaces délimités ou illimités, obsession machiniste... le travail de Tatiana Trouvé se rapproche par plusieurs points de celui de l'auteur du Grand Verre, Marcel Duchamp. Les dessins noirs sur fond noir de la série Rémanence, où se mêlent le crayon à papier, le cuivre, l'étain ou le plastique, rappellent les dessins préparatoires de La Mariée mise à nu par ses célibataires, même : des machines célibataires, sans finalité, y accomplissent des tâches inutiles. Comme ces sculptures en bronze, fer ou caoutchouc qui figurent des câbles électriques dressés à la verticale, sans être reliés à rien.

Autre parallèle, l'intérêt pour la quatrième dimension — sensible dans le titre de l'exposition, « 4 between 3 and 2 » — propre à Duchamp comme à l'artiste, qui la considère comme une dimension temporelle, « qui s'insérerait entre les deuxième et troisième dimensions de l'espace ». Marcel Duchamp était fasciné par la notion d'interstice, ce qu'il nommait l'« inframince », « monde allusif et éphèmère de la limite extrême des choses, seuil fragile et ultime qui sépare la réalité de sa totale disparition ». Dans l'exposition, deux tas de sable noir brillant se forment par un écoulement continu : l'artiste souligne là que son œuvre est voué à la disparition, qu'il est entre deux espaces, deux temporalités.

Pour parler de son travail, Tatiana Trouvé évoque Proust, entre « temps perdu » et « temps retrouvé ». Le terme de rémanence, qui est aussi le titre de ses récents dessins, se définit comme la « propriété de certaines sensations de subsister après la disparition de l'excitation qui leur a donné naissance ». C'est aussi une définition de l'œuvre de Tatiana Trouvé.

Tatiana Trouvé. « 4 between 2 and 3 », au Centre Pompidou, Espace 315, jusqu'au 29 septembre 2008 (www.centrepompidou.fr)
Magali Lesauvage