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Le pays de "Bambi"
Le clip se transforme en blockbuster dans les années 1980 : budgets mirobolants, formats plus longs, pastiches de films, les pop stars se voient en acteurs, et veulent être montrés dans des vidéos qui n'ont rien à envier à Hollywood. Mickael Jackson, Madonna, Prince ou Mylène Farmer, redoublant d'effets et de moyens à chaque clip seront les rois un brin mégalos de la décennie. Pour le meilleur et pour le pire... Parcours en trois clips/dates marquants.
Avec ce clip de plus de 13 minutes, Mickael Jackson fait passer le clip dans l'âge du blockbuster. "Thriller" a coûté plus d’un demi-million de dollars. Réalisé par John Landis, cinéaste "bankable" (The Blues Brothers, le Loup Garou de Londres), ce mini film horrifico-musical est, encore aujourd'hui, un extraordinaire objet de fascination. Pour ses qualités de mise en scène et de narration (dialogues/chanson), ses costumes, ses moyens, son cachet "Hammer" (voix de Vincent Price, le Dracula mythique du studio anglais), mais aussi parce qu'il peut s'appréhender comme le destin métaphorique de "Bambi" (un doux jeune homme qui se transforme régulièrement en monstre). John Landis sera aussi derrière la caméra pour le clip évènement de "Black or White", l'un des plus chers de tous les temps (plus d'un million de dollars), diffusé dans 27 pays simultanément avec un taux d'audience record de plus de 500 millions de téléspectateurs. Tous les clips du "King of Pop" sont envisagés comme un surpassement du précédent. Surenchère qui a atteint son apogée avec "Scream", clip le plus cher jamais tourné (7 millions de dollars). La star mutante compte 5 de ses vidéos dans le top 20 des réalisations les plus chères del’histoire.
A voir également:
Mickael Jackson - "Bad" (1987) Plus de 16 minutes de clip (gentiment) "ghetto", filmées avec brio (travellings, flash-backs, baston), pour plus de 2 millions de dollars, par...Martin Scorsese !
Prince - Purple Rain (1984) Pas vraiment un clip, puisque la video est tirée du film éponyme, mais une surenchère "princière" typique de l'esprit 80's : flamboyant, baroque, clinquant.
1985 : Madonna - "Material Girl"
"Elle est fantastique, je sais qu'elle deviendra une star", annonce froidement le réalisateur (Keith Caradine), fasciné. L'intro dialoguée du clip de "Material Girl" en dit long sur l'ambition affichée de Madonna, dans une Amérique reaganienne glorifiant gloire et fric. Diffusée pour la première fois sur MTV en février 1985 cette vidéo est une nouvelle preuve de la tournure hollywoodienne prise par l'industrie du clip. Pastichant "Diamonds are Girl's Best Friends" (Les Hommes préfèrent les blondes) (1953), chef d'oeuvre de Howard Hawks, Madonna se prend donc pour...Marilyn Monroe. Rien de moins. Provocant - c'est la marque de fabrique de la dame - et ambigü (apologie de la valeur matérielle dans le texte chanté, contredite par l'image : seules les fleurs permettront au cinéaste énamouré de conquérir la starlette), ce clip réalisé par Mary Lambert fera vendre à la Ciccone quelques cargos de plus de son album Like a Virgin : plus de 20 millions d'exemplaires à ce jour.
1984 : Buzy – "Adrian"
Monument de bizzareté ampoulée, mais vraie "histoire filmée", ce clip de Buzy est diffusé dans les salles de cinéma Gaumont à sa sortie. Réalisé par Hilton McConnico, artiste et designer américain reconnu, mais aussi directeur artistique chez Beineix et Truffaut, "Adrian" est un ovni new wave, romantique et gore, poétique et légèrement hermétique. Ces geysers de sang, ces masques, ces croix plaquées dans le dos... A la lisière du ridicule, cette vidéo emprunte de préciosité cryptée fera beaucoup pour l'aura de Marie-Claire Girod, dite Buzy, égérie alternative des eighties en France. Mylène Farmer s’en souviendra, s’en souviendra, inondant rapidement - et pour longtemps ! - le marché de ses mégapraductions.
A voir aussi :
Mylene Farmer - "Tristana" (1987) : Dialogué en russe (!), sous-titré, "Tristana", c'est 11'33" de n'importe quoi grandiloquent, genre Blanche Neige meets Raspoutine. Un des premiers "clip-film" de Laurent Boutonnat, qui réalisera toutes les prétentieuses vidéos costumées/scénarisées de la rouquine bientôt multiplatine: "Libertine", "Sans contrefaçon", "Pourvu qu'elles soient douces"... Un quart d'heure de délire, en moyenne.
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