Organisée par Caroline Bourgeois, ex-directrice du lieu, et Elisabeth Lebovici, critique d'art, l'exposition « L'Argent », au Plateau / Frac Ile-de-France propose une réflexion sur la place de l'argent dans la démarche des artistes contemporains, entre fascination et ironie.


Vaste sujet que celui de l'argent dans l'art contemporain... Depuis les années 80, les prix d'achat des œuvres d'artistes vivants ont considérablement augmenté (voir les derniers records pour les ventes de Jeff Koons ou Damien Hirst, auteur de sa propre cote), l'obsession de rentabilité — et la question essentielle qui la sous-tend : la culture doit-elle être rentable ? — grève la perception des œuvres et oriente l'inspiration des jeunes artistes, obnubilés par la réussite de leur carrière. Selon Andy Warhol, déjà, «making money is art» ; l'historien de l'art Thierry de Duve ajoute que l'artiste américain est la «caisse enregistreuse de l’art»...

Être artiste, un «métier» pas comme les autres

Pourtant, l'art n'est pas un métier, une œuvre d'art n'est pas un travail, un artiste n'est pas un travailleur... en tout cas pas un travailleur comme les autres. Les temps changent : à la Renaissance, les artistes ont acquis un statut spécial, qui les différenciait des artisans. Un artiste a alors le même prestige qu'un philosophe, un poète ou un musicien, et pendant des siècles, le mécénat est aussi gratifiant pour le mécène que pour l'artiste. Le système de l'intermittence en France est une forme de prolongement de cette considération selon laquelle une œuvre n'est pas soumise à la rentabilité : sa remise en question actuelle confirme le fait que l'artiste soit aujourd'hui tombé de son piédestal.

L'artiste comme marchand

Pas étonnant, donc, que le sujet, qui n'est certes pas nouveau, obsède les artistes aujourd'hui et infléchisse leur démarche. Ainsi l'exposition du Plateau s'ouvre sur le rappel de la performance d'Orlan à la Fiac de 1977, qui vendait le Baiser de l'artiste contre une pièce de 5 francs, introduite dans une fente entre ses seins, pour atterrir dans un tiroir-caisse, entre ses jambes : l'artiste-prostituée, en position extatique de sainte, dénonçait à la fois la condition de femme artiste et celle de l'œuvre comme marchandise, produit de l'artiste sans scrupules. Marcel Duchamp était convoqué ici avec l'idée que «c'est le regardeur qui fait l'œuvre», et donc sa valeur marchande. Héritière de Duchamp également, l'agence Les ready-made appartiennent à tout le monde ©, dans les années 1980, proposait à ses «clients» d'enregistrer leur signature avant même l'existence d'une œuvre.

La fascination pour le copyright, les marques et l'objet même argent imprègne l'œuvre de Claude Closky, avec ses photographies de billets, la série de Copyright Paintings (1987) du collectif General Idea, ou la montre en carton Swiss Made (1999), imitation d'une célèbre montre suisse de Thomas Hirschhorn.

Argent sale

Toute transaction implique un rapport de pouvoirs : la photographie Kamel (2005) d'Adel Abdessemed le représentant en train de se faire voler son portefeuille par son galeriste Kamel Mennour dénonce avec ironie les travers des rapports artiste-galeriste, souvent conflictuels. Pour la photographe plasticienne Suzanne Lafont, l'argent est un lien, un véhicule entre les individus. Sa série de photos en noir et blanc L'Argent (1991) montre des personnages s'échangeant des billets de banque, avec une gravité empruntée à la gestualité de la peinture ancienne. L'argent y est perçu comme le dernier mode de communication, l'ultime lien reliant les hommes — rôle, aussi, de l'art.

L'Argent, au Plateau / Frac Ile-de-France. Place Hannah Arendt, Paris (http://www.fracidf-leplateau.com/)
Jusqu'au 17 août 2008, entrée gratuite
Magali Lesauvage




- L'actu de la peinture et des musées sur le blog arts


• Les news de De Visu, le blog arts
Pourquoi montrer le dernier Renoir ? Pourquoi montrer le dernier Renoir ?
  Renoir est un immense peintre, ça ne fait aucun doute. Avec...
Paris Photo, ça commence aujourd'hui Paris Photo, ça commence aujourd'hui
Et c'est jusqu'à dimanche. Pour sa 13e édition, le «...
Damien Hirst : « N'importe qui peut peindre comme Rembrandt » Damien Hirst : « N'importe qui peut peindre comme Rembrandt »
C'est ce que prétend l'artiste-entrepreneur, qui...
En images : l'exposition Brussels/Beijing à BOZAR En images : l'exposition Brussels/Beijing à BOZAR
The State of things. Brussels/Beijing au BOZAR, Palais des...
Dommage(s) : retour sur l'affaire du baiser à la Collection Lambert Dommage(s) : retour sur l'affaire du baiser à la Collection Lambert
Juillet 2007 : « l'affaire » du baiser posé par une visiteuse...

• Sur le forum Arts

formation comédienneLa Jam au New Morning - Samedi 21/11Un jeune artiste découvert récement.marionnettes à Paris



arts.fluctuat.net
Sortir
Grafitti à la Fondation Cartier Consacrée au graffiti et au street art, l’exposition Né dans la rue met en lumière la vitalité d’un mouvement artistique qui a pris son essor dans les rues de New York...
Palestine à l'Institut du monde arabe L'Institut du monde arabe présente 19 artistes témoignant de la vivacité de la jeune scène contemporaine palestinienne.