Jusqu'au 14 septembre
Pour accueillir les soldats du premier Empereur chinois le directeur de la Pinacothèque de Paris a réussi un coup là où souvent les musées nationaux ont échoué.
Aussi, lorsque les premiers placards annonçant « Les soldats de l’éternité » à la Pinacothèque de Paris sont apparus dans les supports publicitaires, les plus attentifs n’ont pu que garder un œil sur la faisabilité de l’opération. La fameuse « armée de terre cuite » du premier Empereur allait-elle pouvoir sortir du territoire chinois ?
Interrogé à ce sujet, Marc Restellini, le directeur de la Pinacothèque, semble ne pas saisir de quoi il s’agit. Quelle difficulté, en effet, peut-il y avoir à présenter à Paris des œuvres classées au patrimoine mondial par l’UNESCO, quand on est à la tête d’une institution privée, qui compte à peine une année d’existence ? L’homme « n’est pas né de la dernière pluie, tout de même », et de citer son expérience professionnelle, passant par la réouverture du Luxembourg et une fréquentation assidue de l’Asie, en l’occurrence, le Japon où il mit en oeuvre plusieurs expositions et événements d’envergure.
« Je ne suis pas Indiana Jones »
Quand Restellini évoque le montage de sa dernière expo phare, « Les soldats de l’éternité », tout semble simple. Les premières rencontres ont eu lieu en novembre 2006 ; face aux autorités et aux musées locaux, l’homme décide de la jouer profil bas, style « je n’y connais rien, dites-moi tout et confiez-moi les pièces qui vous paraissent les plus intéressantes ». Marc Kalinowski, qui connaît parfaitement la Chine, n’est pas loin ; les services de l’Ambassade non plus. « Les Chinois étaient ravis que je leur propose d’exposer ces pièces ; Paris fait toujours rêver ». Il suffisait alors de payer une somme, relativement modique (vu le cours du dollar), correspondant à la location des pièces, et chacun pouvait se réjouir de l’opération.
Tout de même, on s’étonne qu’aucune exposition de ce genre n’ait vu le jour plus tôt dans la capitale parisienne. Restellini évoque alors les contacts, peu fructueux, entre le Louvre et les musées du Shaanxi, il y a un lustre. Lui, apparemment, a davantage intégré le « mode asiatique » et la diplomatie nécessaire à toute tractation de ce genre.
L'appareil français pas toujours performant L’homme, pourtant, ne pratique pas la langue de bois. En parlant des conservateurs de musées nationaux, il serait même enclin à se lâcher, évoquant la supériorité qu’ils affichent, un peu partout dans le monde, et qui apparemment n’a pas que des effets positifs. « Quand les conservateurs du Louvre sont arrivés là-bas, ils ont fait leur choix et ont voulu l’imposer aux Chinois ». La négociation a vite tourné court. Et Restellini de se lancer dans une suite d’exemples où l’appareil français ne s’est pas toujours montré des plus performants. A l’opposé, son modèle, basé sur les lois de la concurrence et sur la communication, semble pour l’instant porter ses fruits. En un an, la Pinacothèque a rassemblé 5 à 600 000 visiteurs payants, attirés notamment par des campagnes d’affichage dignes de l’industrie culturelle ; ce qui n’est pas sans en faire tiquer plus d’un. Mais pourquoi pas, après tout ? Si l’on accepte que l’art peut être rendu accessible au plus grand nombre, pourquoi ne pas se donner les moyens d’attirer – aussi - ce public ? Les expositions présentées à la Pinacothèque n’ont rien à envier à celles des établissements publics, leur contenu impressionne, ainsi que les comités d’experts réunis pour leur mise en œuvre. Pourquoi grimacer parce qu’il s’agit d’un établissement privé ? Les Chinois ne s’y sont pas trompés. Se sentant respectés dans leurs compétences professionnelles et leur connaissance parfaite de leur patrimoine, ils n’ont pas hésité une seconde à prêter leurs pièces et à briguer une plus value en communication non négligeable. Vu comme ça, ça paraît simple. Mais après tout, n’est-ce pas essentiellement une question de bon sens ?
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