Le virtuel Nouveau Musée national de Monaco propose cet été une importante rétrospective du peintre Kees Van Dongen, artiste brillant au parcours très inégal, mais qui révèle cependant quelques bijoux, à découvrir à l'ombre du Rocher.
Un musée pour Monaco
Monaco : ses buildings, son front de mer, son stade, son casino... ses musées ? Une institution culturelle digne de ce nom manque encore à la principauté. C'est pourquoi le prince Albert II a décidé de doter la ville, coincée entre la montagne et la mer, d'un musée “national”. Le NMNM (Nouveau Musée national de Monaco) ne devrait voir le jour que d'ici une quinzaine d'années, à condition qu'une extension sur la mer soit construite — chantier colossal qui n'a pas encore débuté. En attendant, la Villa Paloma, d'une superficie de 600 m² seulement, devrait accueillir dès l'année prochaine les premières œuvres acquises pour les collections nationales, qui se constituent peu à peu.
Pour lors (et depuis plus de dix ans), le musée doit se contenter, pour exister physiquement, d'espaces assez ingrats sur le Quai Antoine Ier. C'est là que se déploie cet été l'importante rétrospective consacrée à un peintre, monégasque d'adoption,
Kees Van Dongen. L'exposition, organisée en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Montréal, rassemble un ensemble très complet d'œuvres de l'artiste d'origine néerlandaise.
Du Fauvisme au bling-bling
Trop complet, devrait-on dire, car la brusque perte de vitesse de l'inspiration de l'artiste est stupéfiante. Boudé par les musées comme par les historiens de l'art depuis les années 1920, l'œuvre de Van Dongen méritait cependant une réhabilitation, a fortiori dans une ville où il s'était établi, mais qui ne l'a jamais réellement célébré de son vivant — le prince Rainier lui-même n'en était pas particulièrement amateur.
De fait, les œuvres des quinze premières années montrent une grande force plastique. Après des débuts impressionnistes, Van Dongen s'installe à Paris en 1899, au moment où débarque également Picasso. Là, il réalise des dessins pour des journaux satiriques, notamment pour
L'Assiette au beurre : il y croque avec justesse les injustices sociales et les travers bourgeois. Peu après, l'artiste commence à employer dans sa peinture des couleurs franches et vives qui apparentent son travail à celui des Fauves. La toile qui ouvre l'exposition,
La Chimère-Pie (1895-1907) témoigne de cette période d'intense recherche formelle : à mi-chemin entre Die Brücke et le Fauvisme, l'œuvre (acquise par le NMNM) restera dans l'atelier de l'artiste jusqu'à sa mort, comme témoin d'une inspiration flamboyante, qui le quittera peu à peu.
Les scènes de rue, de cirque ou de cabaret situent Van Dongen dans cette avant-garde parisienne cosmopolite, avide de sensations colorées. Se succèdent les innombrables portraits de femmes aux grands yeux soulignés de noir ou de vert et aux lèvres rouge sang, comme cette mélancolique
Tête de femme de 1908.
Puis, à partir de la fin des années 1910, ces images de femmes vont se banaliser. Versant dans un orientalisme vulgaire très vendeur, Van Dongen perd brusquement son sens du dessin et de la couleur. Femmes nues soi-disant complices, bourgeoises faussement alanguies, ces portraits sont parfois surprenants de laideur... On repart alors à rebours, revoir la Chimère-Pie, heureuse découverte et achat brillant du prince.
Kees Van Dongen, 1877-1968. Rétrospective
Jusqu'au 7 septembre 2008 au NMNM, salle d'exposition du Quai Antoine Ier, Monaco (www.nmnm.mc), puis au Musée des Beaux-Arts de Montréal du 22 janvier au 19 avril 2009, et au Museu Picasso de Barcelone à l'été 2009.
Illus 1 :
Le Tango de l'Archange, 1930, huile sur toile, Collection du Musée des Beaux-Arts Jules Chéret de Nice
Illus 2 :
La Chimère-pie, 1895-1907, huile sur toile,
Collection du Nouveau Musée national de Monaco. Crédit photo : Marcel Loli © Adagp, Paris, 2008