A l'heure où la Chine est au cœur des débats, le Victoria & Albert Museum, vénérable institution londonienne consacrée aux arts décoratifs, aborde sans recul la nouvelle création chinoise. Et montre que là aussi, le progrès est en marche.

Fruit de quatre ans de recherches menées sur une large partie du territoire chinois, l'exposition « China Design Now » arrive à point nommé pour montrer un autre visage de la Chine actuelle, non seulement celui d'un pays en pleine expansion économique, mais aussi d'une nation toute entière décidée à montrer au monde ses capacités à progresser, innover et devenir leader dans tous les domaines, y compris celui de la création et des tendances. Ce que démontre l'obstination de tout un peuple à faire des JO de Pékin à la fois la consécration et la promesse d'une nouvelle Chine, dans une soif frénétique de reconnaissance.

Toute en verticalité et couleurs fluo, la scénographie de l'exposition, imaginée par l'agence Tonkin Liu basée à Londres, évoque la Chine moderne, celle des buildings qui poussent comme des champignons et des néons qui ravivent les villes anciennes. En trois villes phares, qui représentent également trois aspects de cette révolution par la création, les commissaires ont voulu démontrer le dynamisme d'une nation à la population jeune et la frénésie de consommation des nouvelles classes aisées.

Shenzhen, berceau du graphisme

Shenzhen tout d'abord : 10 millions d'habitants, moyenne d'âge 27 ans. La « ville frontière » est considérée comme le berceau du graphisme chinois contemporain, là où des pionniers ont commencé, au début des années 1990, à s'ouvrir aux cultures extérieures et à y mêler les éléments d'une tradition plurimillénaire.

Nouvelles technologies et symboles ancestraux se juxtaposent dans les affiches et éditions de livres et magazines : la calligraphie chinoise adopte de nouveaux supports, tandis que des figures sacrées comme le panda sont déclinées en poupées Hi Panda.

 

La nostalgie du passé avant Mao

Shanghai ensuite, la « ville du rêve », cité internationale dont on veut faire revivre le passé, notamment ces glorieuses années 50 dont un extrait de In the Mood for Love de Wong Kar-wai exprime parfaitement la nostalgie. Dans un étourdissant mouvement de balancier, créateurs de modes et designers d'objets réinventent un goût lui-même fortement influencé par l'Occident.
Les baskets Nike « Year of the Dog » se parent de motifs floraux, tandis que le créateur de mode Wang Yiyang réutilise les formes traditionnelles de l'habit folklorique du paysan chinois.

Du passé faire table rase

Pékin enfin, « ville du futur », dont le statut d'organisatrice des Jeux Olympiques lui a valu une complète redéfinition urbaine. Cette dernière section de l'exposition fait la part belle aux projets des stars (occidentales) de l'architecture contemporaine mises à contribution, grâce à des maquettes présentant notamment le nouveau Stade national, dit le « nid d'oiseau », par Herzog & de Meuron, l'impressionnant siège de la China Central Television, par Rem Koolhaas, ou le projet d'extension de l'aéroport par Foster+Partners. A coups de bulldozers, des promoteurs titanesques arasent la ville ancienne pour faire place à la nouvelle Beijing — qui entre ainsi dans la terrifiante banalisation urbaine des mégalopoles créées au XXe siècle.

Peu de cas est fait ici des contradictions entre une situation politique et sociale encore accablante, et cette soif de créer, produire, consommer, comparable à la vitalité de l'Amérique des années 50. La fête est trop belle...

China Design Now
Londres, Victoria & Albert Museum Jusqu'au 16 juillet 2008

Illustrations :
1. Ji Ji : Hi Panda Model/toy © Ji Ji, 2006
2 Jiang Jun : Urban China, Issue1, Cover, 2005, © Jiang Jun/ Urban China
3. Vues de l'exposition,(c) V&A images

Magali Lesauvage




- L'actu du design sur le blog arts
- Sur le web, le site du Victoria and Albert Museum


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