Après trois ans d'absence, Alan Ball (Six Feet Under, American Beauty) revient avec True Blood, série tirée des ouvrages de Charlaine Harris. Une jeune serveuse-médium tombe amoureuse d'un vampire qui tente du mieux qu'il peut de s'intégrer à la société réfractaire des vivants. Douze épisodes inégaux mais dont l'ensemble laisse présager un potentiel encore inexploité.

Dans la petite ville de Bon Temps, en Louisiane, Sookie Stacksouse est serveuse dans le bar-restaurant de Sam Merlotte. Elle travaille là avec le cuisinier Lafayette - un homosexuel afro-américain flamboyant - et sa meilleure amie qu'elle vient de faire engager, Tara. Sookie a une particularité connue de tous et mal appréciée : elle est capable de lire dans l'esprit des gens. Cette promiscuité neuronale n'est cependant pas un cadeau et l'empêche d'avoir toute relation suivie avec un garçon. Le reste du temps, elle s'occupe de sa grand-mère avec son frère, Jason, un hillbilly sexuellement actif qui travaille sur les chantiers.

Le microcosme de la petite ville implose le jour où Bill Compton, un vampire de 175 ans, décide de s'installer dans la région. Depuis qu'un sang synthétique - le TruBlood - a fait son apparition au Japon, les suceurs de sang n'ont plus besoin de planter leurs crocs dans les cous frêles et délicats des vivants. Et cette nouvelle minorité réclament un traitement équivalent au reste de la population ainsi que d'être « protégés »... car le sang du vampire, particulièrement délicieux, provoque des hallucinations et des trips digne d'un acide ultra-puissant. Denrée rare et coûteuse, il est recherché activement pas les dealers et les drogués.

Sookie, incapable de lire dans les pensées de Bill, est attirée par le charme suranné de cet ancêtre improbable et pourrait bien en tomber amoureuse. Mais à Bon Temps, où les préjugés ont la vie dure, les vampires ne sont acceptés qu'avec un pieu dans le cœur tandis que les femmes qui les approchent ne méritent que le cimetière... Et certains ne sont pas fâchées de voir qu'un tueur en série s'attelle à décimer toutes celles qui ont eu des relations « rapprochées » avec ces suceurs de sangs.

Alan Ball rempile

True Blood signe le grand retour d'Alan Ball sur HBO qui avait signé avec lui un contrat d'exclusivité. C'est en allant chez le dentiste qu'il tombe sur les livres de Charlaine Harris, raconte-t-il, et n'arrive pas à en décrocher. Il discute des droits avec Harris qui avait jusque là refusé de les céder, mais la proposition d'Alan Ball d'en faire une série télévisée la convainc.

De son côté, Ball a tout de suite vu le potentiel qu'il pouvait en tirer. Assez proche de son univers qui tourne autour d'une légère fascination pour la mort, les livres avaient tout pour séduire le scénariste-producteur-réalisateur multi-primé avec sa précédente série, Six Feet Under, qui racontait l'histoire de la famille Fisher, croque-morts à Los Angeles.

Si 80% des éléments de la série sont issus des livres, explique Ball, des intrigues parallèles ont été développées et les personnages secondaires plus fouillés pour permettre de s'échapper un peu de la présence permanente de l'héroïne Sookie, narratrice dans les livres de Charlaine Harris.

God hates fangs

Autour de cette galerie de personnages, il y a la Louisiane. Dans la ville (fictionnelle) de Bon Temps, bien que l'on trouve des marginaux de toutes sortes (exorcistes, anciens combattants dézingués par l'Irak et serveuse médium), rien ne peut faire plus peur que l'arrivée d'un inconnu. Et les vampires n'étaient supportables que tant qu'ils se cachaient. Pas au grand jour.

L'analogie évidente avec notre époque, revendiquée et voulue par Alan Ball, c'est bien sûr le combat des gays, des lesbiennes et des transexuels pour obtenir le droit au mariage ou à l'adoption. Ainsi, sur le fronton des églises dans la série, on voit fleurir les panneaux « God Hates Fangs », Dieu hait les croqueurs, écho au classique « God Hates Fags », Dieu hait les pédés. Et c'est aussi - dans une moindre mesure - le mouvement des droits civiques qui est évoqué.

Cependant, cette métaphore n'est qu'en filigrane dans la série - en tout cas dans la première saison. Le point de vue se veut plus microscopique, explicitant les conflits très locaux entre différentes factions : les vivants effrayés par les vampires, les vampires qui se fondent dans la société, les vivants « progressistes » qui militent en leur faveur et les vampires « orthodoxes » qui se considèrent supérieurs aux sacs à sang que représentent les vivants.

L'impossible comparaison

Avec True Blood, Alan Ball déconcerte le fan de Six Feet Under à laquelle cette nouvelle série est inévitablement comparée. Alors que l'histoire de la famille Fisher se jouait dans le non-dit, l'introspection, le rêve éveillé des personnages, celle de Sookie est un contre-pied total. Ici, aucun sous-entendu, tout est raconté, exprimé, comme lorsque Sookie dit au premier client du bar avec une naïveté (aussi charmante qu'agaçante) comment Bill, son vampire, lui a fait l'amour la veille. Et si elle entend une pensée qui l'énerve, elle n'hésitera pas un instant à y répondre à haute et intelligible voix.

Ceux qui attendaient une « suite » à Six Feet Under en seront pour leur frais. Pourtant, si le téléspectateur s'affranchit de cette attente impossible, la nouvelle série d'Alan Ball ne manque pas d'un certain charme. D'abord, la manière dont ce Sud américain est dépeint avec ses rites, ses accents, sa forte présence religieuse, son refus de la différence (quelle qu'elle soit) rappelle le talent de Ball et de son équipe de scénaristes pour construire une atmosphère forte. À ceci s'ajoute la qualité de réalisation de certains épisodes, notamment dans la mise en place des hors-champ qui réussit assez souvent à créer un effroi sincère. Certains ont même acclamé le générique, qui ne vaut pourtant pas celui d'un Dexter. Et puis, l'histoire fouillée des personnages secondaires permet d’aller au-delà des simili-enquêtes autour des meurtres en série (plutôt faiblardes, pour le coup).

Pas assez mauvaise pour être jetable, pas assez bonne pour être irremplaçable et clairement moins aboutie que ne l'était la première saison de Six Feet Under, True Blood a toutefois trouvé son public puisque la série est actuellement le troisième succès de la chaîne en terme d'audience après Six Feet Under et Les Soprano. Signée pour une seconde saison, elle reprendra à l'automne 2009 (le pilote est attendu en mai). Il reste à voir comment évoluera la série, et si certaines pistes qui semblent un peu casse-gueule - dont on ne parlera pas ici pour ne pas déflorer l'intrigue - seront suivies.

True Blood sur Orange Cinémax. Tous les mardis à partir du 23 décembre 2008 à 20h40.

Illus. © Home Box Office (HBO)
Mark Seversen




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