Pékin est aujourd’hui en pleine effervescence rock. Une scène "indie" (enfin, la plupart des groupes sont signés sur Modern Sky Record, le plus gros label "indépendant" détenu par… l’Etat !) s’y développe à toute allure, au même rythme que la construction de buildings. Chant en anglais la plupart du temps, guitares noisy et martiales sous influence punk, sons électro hérités de la new wave… Les jeunes groupes connaissent leurs classiques. Et se les réapproprient avec fougue, sans hésiter à expérimenter.

Habillés comme leurs idoles occidentales, ils ont tous écoutés le Velvet, New York Dolls, Joy Division, Television et les Sex Pistols. Parmi les formations les plus intéressantes de cette "nouvelle vague", les excellents Carsick Cars, leaders très "noisy" du mouvement, mais aussi les punks de Joyside, les post punks Re-Tros (dont l’album, très "dark", a été produit par Brian Eno ), les expérimentaux Snapline, les plus pop Queen Sea Big Shark emmené par une descendante de Blondie , ou encore l’art rock superbe de P.K. 14…Et on en oublie.

Repère d'initiés

PK14Tous se connaissent, jouent ensemble au Mao live ou au D-22, LE bar rock de la capitale. Soit une petite salle surchauffée à deux étages, située au nord de la ville, qui attire autant de Pékinois éclairés que d’expatriés en mal de sensations fortes. Car les décibels fusent en cet antre dédié au rock’n’roll. Véritable îlot underground, repaire d’initiés, le D-22 fait partie des rares endroits de Pékin – du pays? – où les bons groupes peuvent se faire entendre. Sur les murs, des posters de leurs plus émérites représentants, comme ce fringant portrait du chanteur de Joyside, déjà "vieille" gloire locale.

Ennui, alcool et Eno

Il faut dire que Bian Yuan , leader de Joyside, a la gueule de l’emploi. Coupe à la Johnny Thunders, chemise noire moulante à pois rouges, ce trentenaire excentrique grille clope sur clope, et se recoiffe de l’autre main. Sur ses trois albums, l’homme chante son ennui et son goût pour l’alcool avec désinvolture et talent. Ultra charismatique, un peu fêlé, c’est le parrain punk de la vague "No Beijing" apparue au milieu des années 2000. "No Beijing", en référence à la compil No New York de Brian Eno de 1979.

"Rien de politique"

"Rien de politique là-dedans", nous explique posément Shouwang, le jeune chanteur de Carsick Cars, si ce n’est "un remède radical à la pop niaise déversée à longueur de journée sur les radios locales".Impuissante face à la dictature, la jeunesse rock de Beijing refuse de se servir de la musique comme d’un étendard politique. Elle préfère s’isoler. Mais aussi expérimenter, chercher, créer, et heureusement - pour eux et pour nous - se faire plaisir.




Eric Vernay


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