La loi du 4-5-1

Tableau noir


La loi du 4-5-1


Une pointe ça va, deux bonjour les dégâts

Si chaque grande compétition internationale est généralement marquée par la prédominance d’un système de jeu, qui peut donner naissance à une tendance forte qu’on retrouvera ensuite dans le football de club, l’Euro 2008 aura assurément été placé sous le signe du 4-5-1. Confirmation que le principe du schéma à deux attaquants de pointe est en voie de disparition.

Dimanche soir, la finale du championnat d’Europe des Nations s'est donc disputée entre deux nations qui ont débuté la compétition en 4-4-2, avant de sacrifier un des deux attaquants pour renforcer leur entre jeu. Après un premier tour peu brillant, l’Allemagne a pris cette option à partir de son quart de finale face au Portugal, annoncé comme le grand favori de la rencontre. Résultat, la Mannschaft a pu répondre au défi technique proposé par le milieu de terrain lusitanien et s’imposer 3-2. Rebelote en demies face à la Turquie, battue sur le même score.

Equipe d'AllemagneMoins de pointes, plus de buts
Le sélectionneur Joachim Löw, pourtant fanatique du 4-4-2, devait trouver une solution face à la méforme du buteur Mario Gomez et à l’errance de Michael Ballack, trop éloigné du but adverse dans sa position de milieu reculé. Avec Miroslav Klose en pointe et deux joueurs excentrés qui se portent vite vers l’avant (Lukas Podolski et Bastian Schweinsteiger), son équipe conservait un potentiel offensif intéressant. Ce qui lui a permis de marquer six buts en deux matchs, contre quatre en trois rencontres de poule. Preuve qu’il ne suffit pas d’additionner les pointes pour affoler le tableau d’affichage.

Le vainqueur de la finale, l’Espagne, n’a en revanche recouru au 4-5-1 qu’à partir de la 34e minute de jeu de sa demi-finale face à la Russie. Presque sous la contrainte, puisque c’est après la sortie de David Villa sur blessure que Cesc Fabregas est venu grossir le milieu de terrain de la Furia Rioja. Résultat, la Seleccion a complètement étouffé son adversaire et lui a passé trois pions, avec deux passes décisives de Fabregas. Et plusieurs observateurs d’avancer que c’est bien ce changement tactique qui a fait basculer un match que les Espagnols dominaient sans parvenir à faire la différence.

Avec forfait de David Villa en finale, Luis Aragones a d'ailleurs eu le champ libre pour reconduire ce système avec Cesc enfin titulaire. Même si l’Espagne a joué quatre matchs et demi en 4-4-2 dans cet Euro, c’est bien en 4-5-1 qu’elle avait menée l’essentiel de sa campagne de qualification pour l’Euro. Les automatismes étaient toujours là.

Schéma en 4-5-1
Illustration : Le 4-5-1 (ici dans une version 4-2-3-1) permet un meilleur quadrillage du terrain.

La fin des campeurs
De fait, presque toutes les équipes du tournoi qui avaient l’habitude d’évoluer avec deux pointes ont fini par utiliser le 4-5-1 et ses affiliés (4-4-1-1, 4-2-3-1, 4-3-3). Que ce soit la République Tchèque, qui a joué avec Jan Koller ou Milan Baros seul devant, la Turquie, où Sanli Tuncay a vite glissé de l’attaque au milieu de terrain pour organiser le jeu, ou la France, qui est partie avec Karim Benzema et Nicolas Anelka face à la Roumanie avant de se présenter devant les Pays-Bas avec [people]Thierry Henry[people] à la pointe d’un 4-2-3-1 proche de celui du Mondial 2006.

Par extension, on peut même dire que les nations qui ont aligné une paire d’avant-centre évoluaient en fait dans un faux 4-4-2. L’un des deux se muant en cinquième milieu à la perte du ballon, comme [people]Henrik Larsson[people] pour la Suède, Villa pour l’Espagne ou Benzema pour les Bleus. Le bon vieux 4-4-2 avec deux vraies joueurs axiaux est une utopie. Le jeu moderne requiert que tout le monde participe à la récupération du ballon et à l’animation. Impossible dans un match de très haut niveau (Ligue des champions, Euro, Mondial) d’avoir deux campeurs dans la surface adverse.

Même tendance en club
Cette domination du 4-5-1 ne date pourtant pas d’aujourd’hui. Et nombre de grands clubs européens en ont fait leur système de prédilection, notamment en Coupe d’Europe et dans les gros matchs de championnat. En France, l’OL évolue avec une seule pointe depuis que Paul Le Guen y a instauré un schéma avec un attaquant axial et deux ailiers. Malgré son ambition de départ, Alain Perrin ne sera d’ailleurs jamais parvenu à faire passer l’équipe en 4-4-2, ce qui l’obligea à utiliser régulièrement Benzema sur le côté gauche.

Le FC Barcelone a lui réalisé le doublé championnat Ligue des champions en 2006 avec Samuel Eto’o seul devant. Tout comme Manchester United en 2008 qui délaissait le 4-4-2 du championnat au profit d’un schéma à une pointe en Ligue des champions, reléguant Carlos Tevez sur le banc et écartant parfois Wayne Ronney sur un côté. Le Chelsea de Jose Mourinho a également dominé en misant sur un avant-centre puissant, Didier Drogba, entouré de deux ailiers rapides.

Même principe au Milan AC, où Carlo Ancelotti aligne souvent quatre milieux de terrain plus Kakà en neuf et demi derrière l’attaquant. A Liverpool, Rafael Benitez a lui tenté sans succès d’associer Fernando Torres à une autre pointe (Voronin, Kuyt ou Crouch) pour finalement adopter un 4-5-1 avec Steven Gerrard en soutien d’"El Niño" et deux joueurs de côté (Babel et Kuyt). Pis, à l’AS Rome, Luciano Spalletti a lui élaboré un schéma dont la pointe, Francesco Totti, est en fait un 10. Ou au mieux un neuf et demi. Et si c’était ça l’avenir du football, jouer sans attaquant ?

Edouard Orozco




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