Le New Musical Express est à la presse musicale anglaise ce que Big Ben est à Londres : une présence coutumière, un peu lourdaude mais qui imprime sa cadence. Le NME rythme la vie musicale anglaise (et plus) de son bruyant tocsin depuis…1952. Plus de 55 ans que ça dure, ses appels de « une » délirants, ses « nouveaux meilleurs groupes du monde de la semaine qui vont changer votre vie »… Mais le NME énerve autant qu’il fascine. Le NME est l’ « ennemi » du bon goût comme des bonnes manières. Vulgaire et flamboyant, superflu et addictif, l'hebdo sait se rendre indispensable.


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Au début du NME était…l’accordéon. Mais pas pour longtemps : le Musical Express and Accordion Weelky se fait vite racheter par un riche londonien, qui lance alors un projet plus attractif, le New Musical Express. Le journal, encore en format large type « newspaper », se fait connaître en publiant le premier classement des charts britanniques, un « top 20 » réalisé par ses propres soins. On est en 1952, Bill Haley vient d’écrire "Rock around the Clock".

Rivalité avec le Melody Maker

D’abord très consensuel, le magazine encense tout ce qui a une guitare, une basse et une batterie. Il y a de quoi faire, surtout pendant les sixties ! Les Rolling Stones et les Beatles squattent donc les front pages, bien entourés par les groupes de la British Invasion et du mouvement psychédélique de la fin des années 1960. C’est à cette époque que le Melody Maker jusque là porté sur la musique « sérieuse » (jazz en tête), vient marcher sur les plates-bandes rock du NME : commence alors une grande rivalité qui durera jusqu’en 2000, date à laquelle les deux publications fusionneront. Plus dense et érudit que le NME, le MM devient vite un concurrent encombrant. Avec la prolifération d’autres magazines spécialisés au même moment, le NME se ringardise à petit feu.

Contrairement au MM, le NME est peu réceptif au rock progressif du début des années 1970. Le magazine perd alors un peu de vitesse, avant de se faire plus subversif avec l’arrivée de Alan Smith aux commandes. En effet, l’époque du glam-rock est faste pour le NME, révélant des plumes mythiques comme celles de Nick Kent, Ian MacDonald ou Charles Shaar Murray. C’est l’âge d’or du Gonzo, ce style journalistique épileptique, égotique et déjanté hérité de la Beat Generation et popularisé par Hunter S.Thompson. Les critiques du NME, recrutés en partie dans les fanzines, n’hésitent pas à assassiner les disques: la revue est alors surnommée "The Enemy". Déjà 1977, et le punk. Alors que le MM loupe complètement ce virage musical, le NME recrute des jeunes, se dote de spécialistes du mouvement punk. Le pari est gagnant.

Punk, socialisme et polémique

Le NME s’affirme aussi politiquement, dès le début des années 1980, d’abord contre le National Front puis contre Margaret Thatcher. Le magazine sera socialiste, et le revendique au point de mettre en couverture le candidat travailliste Neil Kinnock en 1987. Musicalement, l’hebdo a épousé la vague post-punk avec Joy Division, Gang of Four, puis The Smiths. Mais l’explosion hip hop du milieu des 80’s laisse la rédaction dans une position délicate : être ou ne pas être hip hop ? Telle est la question à laquelle le NME, hésitant, ne répond pas vraiment : c’est le temps maudit des « hip hop wars » internes. Les ventes chutent, une partie des lecteurs se reportent vers deux nouvelles parutions estampillées « rock », The Face et Smash Hits. Comble de malchance, l’hebdo se fait poursuivre au USA pour sa « une » blasphématoire avec l’album Frankenchrist des Dead Kennedys. Au pied du mur, le news musical doit se réinventer encore une fois : il change de direction et de journalistes, et se remet à fouiner dans les nouveautés underground.

Le « baggysound » de Madchester débarque en force à Albion : les Stone Roses et les Happy Mondays font bientôt le bonheur des lecteurs du NME, qui s’intéresse aussi à l’émergence de l’acid house. Le shoegaze ne tarde pas à pointer son nez à la fin des années 1980, suivi d’un imposant rouleau compresseur, le grunge américain. As usual, fidèle à son légendaire anglo-centrisme, le NME ne fait d’abord pas trop attention à ces rockeurs aux looks de clodos, pour la simple raison qu’ils ne sont pas anglais. C’est seulement quand Nevermind sort (et cartonne) en 1991 qu’ils daignent évoquer Nirvana, Pearl Jam et la scène de Seattle. Le reste du temps, le NME préfère jouer à je t’aime moi non plus avec les Manic Street Preachers, Suede, ou Morrissey. Ce dernier, que l’hebdo taxe de racisme (la fameuse couv’ de 1992 avec le leader des Smiths drapé de l’Union flag), mettra une décennie à accorder une nouvelle interview à l’Ennemi…

De la Brit Pop à la génération MySpace

La mort de Kurt Cobain en avril 1994 marque la fin du mouvement grunge, et le début de la Brit Pop. La guéguerre Blur/Oasis peut commencer. Les bourges contre les prolos, les intellos propres sur eux contre les mancuniens destroy bas du front. Albarn versus la fratrie Gallagher…De l’or en barre pour le NME. Mais le mouvement, également représenté par Pulp, s’épuise. Le Melody Maker abandonne la partie en 2000, et son rédacteur en chef passe à la tête du frère NME. Changement de personnel, et vague des groupes en "the", les années 2000 débutent par un "renouveau du rock" opportun : The Strokes, The White Stripes, The Libertines et les frasques de Pete Doherty assurent les ventes de l’hebdo.

Léger creux de la vague ensuite : les velléités du NME de traiter le hip hop et le r’n’b triomphants au milieu des années 2000 se soldent par un nouvel échec. Les abonnés veulent du rock, rien d’autre. Ça tombe bien, après un nouveau changement de rédacteur en chef et le carton de Franz Ferdinand, la génération MySpace prend le relais, menée par les Artic Monkeys et Lily Allen. Le NME renaît, une fois de plus.

Eric Vernay




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