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Ecouter My Bloody Valentine, c’est comme voir Dieu en face
My Bloody Valentine "se reforme". La presse musicale s'excite et les fans de shoegaze décollent leur yeux de leur chaussures. La formation de Kevin Shields ne s'est jamais vraiment séparée mais revient "officiellement" en 2008 après 15 ans de pause. A la veille de leur Zénith en juillet, décryptage de leur statut de groupe indé culte de la fin 80's/début 90's.
1. My Bloody Valentine est le meilleur groupe de rock de ces vingt dernières années
FAUX. MBV fait partie de ces groupes dont on cause souvent plus qu’on écoute leur musique, un groupe dont on connaît l’importance plus qu’on emmène ses disques en vacances. Formé en Irlande en 1984, le groupe connaît une maturation assez longue pendant laquelle se mettent en place les éléments caractéristiques de son univers sonore : une production millimétrée, de multiples couches de guitares qui enveloppent le chant dans un matelas (un nuage, un oreiller, un essaim, une nuée ardente,…) duveteux et sauvage à la fois, des mélodies pop qui serpentent sous l’électricité comme une rivière souterraine sous un bloc de granite. La légende MBV se bâtit en deux albums (Isnt It Anything en 1988, Loveless en 1991) et une poignée de singles (à partir de "You Made Me Realize"). Ce qui précède, soit tout de même deux embryons d’albums (This is Your Bloody Valentine, Ecstasy) et quatre singles, n’est clairement pas au même niveau.
Après 1991, c’est le silence à l’exception d’une reprise de Wire pour une compilation et d’une vague reprise d’un thème de James Bond pour une œuvre de charité.
Si les MBV ont fait autant d’effet au rock, c’est parce que, comme Radiohead, ils ont tâtonné avant d’être géniaux, été laborieux avant de découvrir au détour d’un studio un nouveau filon : jouer de la guitare comme on joue du philarmonique, considérer que l’accumulation d’énergie électrique portée à un point culminant de saturation et de bruit déboucherait sur un effet contraire, un plateau angélique, idyllique, pop et paisible. Si leur musique n’est pas la meilleure du monde, elle devint l’espace d’un matin la plus ambitieuse, la plus inventive et la plus féconde. Ecouter My Bloody Valentine, c’est comme voir Dieu en face : cela fait très mal aux yeux (aux oreilles) mais cela permet de voir tout ce qu’on vivra (écoutera) par la suite sous un jour nouveau.
2. Kevin Shields est un génie. La preuve, il est devenu fou.
VRAI. Avec sa tête d’ado éternel et binoclard, ses cheveux longs bouclés et ses grosses joues, Kevin Shields a des allures de premier de la classe (technologique) et de Géotrouvetout des studios. Aidé par Gavin Friday, le leader des Virgin Prunes et ami de Bono, à ses débuts, Kevin Shields est la seule tête qui émerge au sein de My Bloody Valentine. C’est lui qui tient la destinée du groupe entre ses mains, compose et joue de son instrument majeur : le studio. Si le groupe doit sa transformation majeure à l’arrivée de Bilinda Butcher au chant, c’est Kevin Shields qui en devient l’unique porte-parole par la suite. Incapable d’enregistrer un troisième album, après l’échec américain de Loveless et sa répudiation de Creation, Shields se fait bâtir un studio et s’y enferme pendant quasiment huit ans, expérimente, détruit, déboucle. En 1999, la rumeur veut qu’à demi-fou il ait livré une soixantaine d’heures d’enregistrement à sa maison de disques, Islands, qui ne peut rien en faire. Alors qu’on ressort Brian Wilson, son grand modèle dérangé, du formol, tout le monde se demande si Shields en a encore sous la semelle. Ses dernières sorties de producteur ou de sidekick de luxe (depuis sa collaboration au Londinium d’Archive, disons) n’ont pas terni sa réputation mais n’ont pas non plus bouleversé les masses musicales.

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