jusqu'au 21 juin à l'Odéon
Pour sa première mise en scène au sein du Théâtre de l'Odéon, qu'il dirige depuis mars 2007, Olivier Py présente un tryptique, l'Orestie, du poète grec Eschyle. Agamemnon, les Choéphores et les Euménides racontent la sourde et inquiétante aventure des Atrides, ici mâtinée de chrétienté farouche. Pour le meilleur et pour le pire.
Angoisse
Py contemporéanise le drame dans Agamemnon. Le héraut est habillé comme un soldat de 1914-1918, le Choriphée (émouvant Miloud Khetib), et son parapluie, évoquent la société des années 1930-40.
L'arrivée de la DS noir d'Agamemnon (Philippe Girard), revenu vainqueur de Troie - tête de statue et captive (Cassandre) sur le capot - est un exemple du grandiose dont Olivier Py a pu formidablement armer le drame. Cette première partie qui pétarade se fait riche de spectaculaire et de trouvailles scéniques.
Un décor immense métallique et froid, s'emboite et se décale, mécanique huilée et vide d'espoir. Tout au long, l'irruption de l'eau et du feu guide et déstructure les sensations et les émotions des hommes. Le personnage de Cassandre (Alexandra Scicluna) ressemble aux sorcières shakespeariennes, mystique et hystérique, qui si elle sait l'avenir, ne peut en rien l'expliquer ou le rationaliser. Sa figure schizophrénique et sa nudité abrupte disent toute l'horreur des crimes.
Les personnages se débattent dans un bain de boue électrique. Les dieux seuls s'affirment sobres et lisses, jusque dans leur diction contemporaine qui rompt avec le bruit et la fureur des paroles des humains.
Trop christique?
Ces dieux ont des silhouettes gracieuses, presque sans organe, et s'apparentent ainsi à des icônes catholiques. Les personnages du chœur sont des chanteurs lyriques accompagnés du Quatuor Leonis. Leurs chants aux accents baroques oscillent entre des rythmiques de toute beauté, proche d'un Purcell, et des tonalités de cantiques - chants de messe répétitifs qui lassent et glacent les os athées.
Les Choéphores sont plongées dans une atmosphère crépusculaire. La facette sombre de la religion catholique se révèle. Victimisation, persécution, manifestation exacerbée de la douleur, presque grand-guignolesque, compose un tableau ton sur ton qui annihile l'intensité du drame. Si Oreste est touchant et Clytemnestre (furieuse Nada Strancar) humaine et déchirée, Electre (Céline Chéenne) ressemble à une nonne criarde et glacée. L'apparition d'un Egisthe singulier (Michel Fau), bébé libidineux aussi trouillard que cruel ragaillardit l'originalité du drame, mais semble aussi desservir la cohérence du tout.
Bouquet final. A la fin du jugement rendu par Athéna dans les Euménides, c'est un son de cloches dominical qui termine la pièce. Et quelque chose échappe. Le dieu Apollon dicte le crime d'Oreste - le péché? - mais revient sur la punition, non pas dans le pardon, mais dans une rationalisation de la justice. Le choix d'une lecture chrétienne de cette tragédie, qui annonce pourtant la responsabilité éthique de l'individu face à ses propres actes, ne convainc pas tout à fait.

L'Orestie- Agamemnon, les Choéphores et les Euménides à l'Odéon - théâtre de l'Europe jusqu'au 21 juin 2008.
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