Qui a dit que le cinéma porno ne concernait que les hommes ? Dans le cinéma X, pourtant, ce n’est pas que devant les caméras que s’affairent les femmes : on en trouve aussi derrière, et même de plus en plus.


Contrairement à un cliché répandu, le féminisme n’est pas ennemi du porno. C’est même au nom d’un féminisme dit pro-sexe que de nombreuses femmes sont entrées dans le monde du cinéma X, le plus souvent devant les caméras, mais de plus en plus aussi derrière.

Le féminisme pro-sexe

Figure emblématique du porno français aussi bien que de ce féminisme pro-sexe, la hardeuse et réalisatrice Ovidie est peut-être la plus célèbre d’entre elles. Dès ses premiers films (Orgie en noir et Lilith), tournés au début des années 2000, elle a affirmé une identité narrative qui, contrairement à un autre cliché répandu, n’est pas moins crue ni moins audacieuse que celle de ses collègues mâles (ce serait même plutôt l’inverse). Influencée par la pionnière américaine Annie Sprinckle (My Erotic Fantasies) qui, à la fin des années 1970, réalisait quelques films exprimant sa vision personnelle, excentrique et débridée, de la sexualité, elle renoue aussi avec la dimension politique militante qui était celle du porno de l’Âge d’Or.

Singulier Féminin

Autre figure marquante du porno au féminin, l’américaine Bionca s’est lancée dans la réalisation après une carrière fructueuse d’actrice marquée par sa prestation dans Loose End de Bruce Seven. Comme Annie Sprinckle, adepte des pratiques extrêmes, elle est l’auteur d’un Sex War remarqué pour sa dinguerie.
L’ancienne hardeuse hongroise Anita Rinaldi, elle, plus esthète que militante, a réalisé à partir du milieu des années 1990 plusieurs films caractérisés avant tout par leur recherche visuelle : ainsi Planète X, dont l’élégance muette rappelle les films de Andrew Blake.

Féminismes pluriels

Quant à la hardeuse française Coralie (de son vrai nom Coralie Trinh-thi), elle s’est fait connaître pour avoir défrayé la chronique avec l’affaire Baise-moi, film censuré après sa sortie en salles qu’elle avait réalisé avec Virginie Despentes, auteur du livre dont le film était l’adaptation.

Autant de réalisatrices, et autant de visions qui laissent à penser que plutôt que parler de porno au féminin, il faudrait sans doute parler de pornos au féminin pluriel.

Illus 1 : © détail du film Baise-moi de Virginie Despentes
Illus 2 : © Ovidie dans La Nuit des horloges de Jean Rollin
Laurent De Sutter



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