
Pour beaucoup de réalisateurs de films porno, la beauté a longtemps été une question de travail bien fait : cadrages élégants, lumières sophistiquées, décors chics, accessoires nombreux.. Pour d’autres, elle est lentement devenue une question d’images.
Poussant à bout la logique du ralenti, des accélérés, du repiquage, déjà pratiquée avec parcimonie par certains pornographes des années 1970, ils vont commencer à produire des objets dont la perfection plastique n’a rien à envier aux plus travaillés des clips de
Michel Gondry. Venu de cette dernière industrie,
Andrew Blake est le réalisateur emblématique de ce courant. Usant avec virtuosité du montage, des effets, de la texturation, il a constitué une œuvre de plus en plus abstraite, très vite muette (quelques soupirs, quelques râles, quelques notes de musique), où errent, en proie à leurs fantasmes, les plus belles filles de la planète.
Les héritiers et les imitateurs de Blake
De
Night Trips (1989) à
X et
X 2 (2007), les films d’Andrew Blake ont suscité une cohorte d’imitateurs plus ou moins inspirés. Des réalisateurs comme
Michael Ninn et Antonio Passolini n’auraient jamais pu exister sans Andrew Blake. Au moins, sont-ils parvenus très vite à s’en distinguer par une esthétique plus outrée. On ne peut pas en dire autant du Français Michel Ricaud (
Couples infidèles), de l’ancienne actrice
Anita Rinaldi (
Planet X), de l’Américain Cameron Grant (
Sex Machine) ou de l’Italien Antonio Adamo (
Devil in the Flesh). Ils se sont contentés de reprendre l’un ou l’autre tic du maître (suppression des dialogues, boucles, ralentis, etc.) sans parvenir à provoquer la même fascination que les films de ce dernier. Seul, peut-être, le français Christophe Mourthé, qui est aussi un grand photographe, est parvenu à décliner le cinéma d’Andrew Blake sur un mode qui, sans le trahir, puisse prétendre à la singularité : il faut voir son premier chef-d’œuvre,
ColorSex (2001).