L'autre Dogme...
Les réalistes du porno
John Stagliano, John B. Root, Chuck Vincent
Le porno n’est pas une affaire d’art : c’est une affaire de sexe. A quoi bon tenter de faire joli, si ce qui nous excite dans le vie ne l’est pas ? Telles sont les positions qui définissent les règles auxquelles obéissent les réalistes du X.
La vraie vie

Les pornographes n’ont pas attendu l’invention du gonzo par
John Stagliano, à la fin des années 1980, pour promouvoir une esthétique réaliste. Déjà en 1975, le premier film porno français de Jean-François Davy,
Exhibition, est un documentaire prétendant rendre compte des activités d’une hardeuse française (la fade Claudine Beccarie) travaillant pour les productions hollandaises ou danoises. Composé d’interviews et de séquences arrangées, il se présente comme une enquête sur le rapport que cette hardeuse entretient à travers le cinéma X à la sexualité.
C’est souvent ce prétexte pédagogique que les réalisateurs réalistes vont adopter : le porno peut être un instrument d’exploration de la sexualité. La série
Intimité violée par une femme, que Laeticia entame en 1990, en est un autre bon exemple : en mettant en scène des acteurs amateurs – mais dirigés par une professionnelle – elle prétend fournir une radiographie de la sexualité telle qu’elle se pratique en France.
Le Diktat Gonzo
Avec le véritable développement du gonzo, toutefois, ce prétexte pédagogique va disparaître. Le réalisme, dans les interminables séries de Lex Drill ou de Jean-Yves Lecastel, devient synonyme de crudité. On y montre des ébats sans fioriture, sans ombre – et aussi sans recherche. Mais le prétexte pédagogique est tout autant absent des préoccupations de réalisateurs étrangers au gonzo, et qui pourtant pratiquent à leur manière un porno dépouillé de décorum.
Une affaire de choix esthétique
Ainsi des films de
John B. Root, dont l’œuvre, entamée au milieu des années 1990 sous les auspices des plus grandes sociétés de production françaises (SeXtet ou XYZ), se poursuit désormais dans une indépendance aride. Ainsi aussi des films de l’américain Chuck Vincent, dont le célèbre
Voyeur (1985) explore avec rigueur les us d’un peeping tom confronté à des voisins libertins. Pour ces différents réalisateurs, le réalisme n’est pas une question de budget ou d’excitation : il reste avant tout une question de choix esthétique.
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