Une nomenclature pour y voir plus clair
Bertrand Delanoë en s'autoproclamant "socio-libéral" a fait renaître la rhétorique de l'injure partisane et du pointage de doigt des traîtres. D'une façon ou d'une autre, chacun d'entre nous est un social traitre. Mais encore faut-il savoir lequel...
1. Le social-judas ou social-collabo :
Catégorie la plus facile à identifier, le social-judas a administrativement trahi son camp pour passer à l'ennemi, les Blancs hier, les soc-dem plus tard, l'UMP ou son gouvernement fantôche de nos jours. Parmi eux, l'emblématique Eric Besson qui, d'où qu'on se place, incarne la parfaite figure du Mal socialiste absolu. Le social-judas pourrait unanimement être traîné en place publique pour être depeçé sans que cela ennuie la majorité des vrais.
2. Le Social-bigot :
L'insulte provient directement du XIXème siècle et du début du suivant. L'idéologie socialiste s'est en partie bâtie contre l'Eglise, à la fois parce que le tandem monarchie-gouvernement bourgeois-Eglise catholique a bien fonctionné assez longtemps, mais aussi parce que les luttes ouvrières se sont rangées assez tôt du côté de la raison, absorbant au passage la notion de laïcité et celle de République. Au PS d'hier et d'aujourd'hui, l'accusation de religiosité reste assez grave et est ressortie régulièrement pour pointer les saillies pleines de foi de Ségolène Royal ou moquer les social-bigots du type Jean-Marie Bockel, lequel échappe, de ce fait, à la catégorie précédente.
Photo© POL EMILE/SIPA
3. Le social-bobo :
Variante de l'ancienne "gauche caviar" (là où le rotin remplace la dorure), le social-bobo est le socialiste trop intelligent pour être honnête. Souvent urbain (et dominant), le social-bobo souvent marié à une social-bab (voir ci-dessous), a pu avoir dans sa famille des grands-parents ouvriers (un cheminot, un mineur), des parents enseignants avant d'accéder à un niveau de richesse supérieur à la moyenne de son camp. Nouveau déraciné barrésien inversé, le social bobo n'en a pas moins gardé comme un traumatisme une conscience de classe parasite qui l'incite à défendre des causes qui ne le concernent pas directement mais qui l'émeuvent au plus haut point : les sans-papiers, la politique de redistribution (il paie des impôts à tire-larigot et peste chaque année en se disant que Sarkozy avait pourtant promis des baisses d'impôt pour les plus fortunés). Entre Delanoë et Julliard, le social-bobo est une curiosité, une sorte de transexuel du socialisme, écartelé entre idéologie et pratique.
4. Le social-libéral ou social-capitaliste :
C'est le social-traître par excellence, celui qui pactise avec le Grand Capital et qui a accepté depuis longtemps le monde dans lequel nous vivons. Parmi eux, Dominique Strauss-Kahn fait figure d'épouvantail. Le gros Dominique a eu beau expliquer qu'il rejoignait le FMI pour injecter du socialisme dans cette institution honnie des milieux gauchistes, personne n'y croit. DSK aime se balader en limousine, avoir un chouette appart et fumer le cigare : ce sont des signes qui ne trompent pas. Difficile néanmoins, parmi les sociaux-capitalistes de voir où est la limite entre le bon et le mauvais, celui qui y croit encore et celui qui sans le savoir a versé dans l'autre camp. C'est toute la magie de l'insulte social-traître : nous en sommes nous à des degrés divers.
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5. Le social-bab :
Pas tout à fait le social-bobo, le social-bab a été croisé avec un Vert (sa femme souvent). Il a une sorte d'attachement néo-kantien pour l'humain et la biosphère qui le rend particulièrement sensible aux thèses altermondialistes et aux sujets déterminants : les couloirs de bus, les OGM, les sans-papiers, la dépénalisation des drogues douces. Très franchement, on n'en connaît pas qui ait un jour accédé aux plus hautes responsabilités au sein du PS. Le social-bab peut espérer au mieux faire son trou dans les congrégations étudiantes, entraîner un cortège de fans de Tokyo Hotel mais guère plus.
Bonus : 6. Le social-dingo :
Il a été socialiste mais ne sait plus pourquoi.
Dans son portefeuille, il a longtemps eu la carte du parti et s'affichait sur les bancs de la gauche, mais tient aujourd'hui des discours qui n'ont ni queue ni tête idéologiquement parlant. Il est le seul à penser que la planète va bien, que le réchauffement climatique est un légende urbaine (Claude Allègre) ou que le gouvernement mène une politique de justice redistributive équilibrée et saine (Bernard Tapie). Il erre tout de même aux marges du parti en espérant qu'un jour on le laissera entrer à nouveau. Le social-dingo est ce qui se fait de plus bizarre sur la planète politique.
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