Le hasard a fait que l’avènement des super héros dans les salles s’est joué au moment où l’Amérique connaissait un nouveau virage dans son histoire. Pourtant peu de films en témoignent. A l’occasion de la sortie d’Iron Man, mini bilan.

Contemporain du vingtième siècle, de ses guerres à ses révolutions économiques, les super héros, vilains ou non, ont traversé l’Histoire parfois sans se soucier de l’évoquer, parfois en la prolongeant comme un écho aux diverses ramifications plus ou moins précises. Plus qu’une réactualisation des mythes fondateurs influencés par les tournants cumulés de l’industrialisation, du modernisme ou du post-modernisme, les super héros se sont fait parfois l’anti-chambre psychanalytique ou métonymique de l’Amérique. Mais depuis que les adaptations de comics au cinéma ont déboulé sur nos écrans avec une parfaite cadence de production annuelle, quelles ont été les réminiscences, évocations ou inspirations empruntées à l’actualité ?
En se penchant sur ce sujet pour la sortie d’Iron Man, on constate étrangement qu’Hollywood n’a pas réellement profité ou rebondi sur l’actualité alors que conjointement au boum des super héros à l’écran, l’Amérique est frappée par le 11-Septembre, puis part faire la guerre en Afghanistan et en Irak pour livrer clés en main la démocratie. Que font donc les sauveurs aux super pouvoirs lorsque le monde vit à l’heure du terrorisme, des nouvelles batailles idéologiques et autres conflits religieux gangrenés par des raisons économiques ?

Ils ne s’en préoccupent guère, Hollywood est encore un peu intimidé pour saisir à bras le corps cette réalité brûlante. On relève toutefois des traces de différentes importances. On se souvient par exemple du premier trailer de Spider-Man où l’homme araignée emprisonnait dans sa toile un hélicoptère entre les deux tours du World Trade Center. Le film était alors prévu pour une sortie peu de temps après l’attentat. Mais devant le traumatisme suscité par l’événement, Sony Columbia a préféré le repousser et surtout, couper la scène.
Les super héros entrèrent ainsi dans une nouvelle ère où tout en effaçant l’image pour ne pas susciter des mauvais souvenirs encore lancinants, on prenait acte d’un New York au paysage remodelé par l’Histoire. Cinq ans plus tard, le retour de Superman dans Superman Returns incarne un passage de relais plus significatif. Le super héros revient de son exil avec face à lui un monde recomposé. Bryan Singer filme son personnage comme un Christ à la conscience tragique, revenu pour tenter d’adoucir l’inéluctable violence que l’humanité se fait à elle-même. Mais il fallait peut-être attendre la sortie d’Iron Man et son héros fait prisonnier en Afghanistan pour qu’enfin Hollywood ose évoquer explicitement le présent. Est-ce pour autant un signe, le début d’une recontextualisation ou les prémices d’une évocation déjà ouverte par V pour Vendetta ? Rien n’est moins sûr car le propre des super héros c’est aussi de dépasser les contingences de l’actualité.

Jérôme Dittmar


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