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Deux jours à tuer

Critique

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L’anar à deux têtes

Attention, film piège. On vous aura prévenus, Deux jours à tuer n’est pas celui qu’on croit, en revanche Jean Becker oui, il n’a pas changé et s’il veut faire illusion, c’est pour mieux revenir à ses bases.

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Dans son dossier de presse, Deux jours à tuer demande gentiment de garder le secret sur son dénouement. Sauf que si on s’appliquait à respecter l’esprit de sa première partie, on lui lancerait un grand bras d’honneur. Comme on est sympa, on ne dévoilera pas le pot aux roses, mais les plus futés l’auront imaginé d’eux-mêmes. Pourquoi ? Parce qu’on ne change pas notre Jean Becker. Trop gentil, trop inoffensif, il ne peut pas assumer jusqu’au bout ses convictions, elles ne sont que des illusions voulues par le récit, un banal macguffin. On s’explique : Deux jours à tuer commence par un pamphlet anti-bourgeois d’une violence inouïe. Dupontel, publicitaire, en a marre, il plaque tout, sa boîte, sa femme, ses gosses et ses amis à qui il dit leurs quatre vérités lors d’un dîner qui en finit aux mains. Là, Becker charge la charrette sans ménagement : Dupontel fustige l’hypocrisie morale des bobos, dénonce le matérialisme comme un lycéen anar chaussé avec des rangers, se révèle d’une cruauté invraisemblable avec ses gosses dont il critique cyniquement les jolis dessins faits avec amour, sans parler de son épouse qu’il laisse effondrée devant un mari méconnaissable. Tout ça avant de se casser, avec perte et fracas, pour l’Irlande où il retrouve son père.

Une fois dans la verdure et entre deux séances de pêche ponctuées d’un casse-croûte (la Becker touch, pas forcément déplaisante, bucolique), on comprend que papa aussi s’était cassé. Mais alors, tout cela ne serait donc que le fils reproduisant le schéma du père ? Non, pas du tout, c’est autre chose, le truc qu’on ne peut pas raconter. Pourtant le bidule, le twist, c’est justement ça qui gène. Pas pour ce qu’il est en soi, mais pour la manière dont il s’articule avec la première partie. Becker suicide pratiquement tout le début du film, hyper corrosif et méchant, entre la satire au vitriol de la France sarkozienne et la pulsion anarchiste anti-capitaliste, pour s’excuser et dire que ça n’a rien à voir. Selon la logique du scénario, Dupontel n’a de reproche à faire à personne en particulier ni au monde en général. Il n’est pas méchant, au contraire il est trop gentil, il a un cœur grand comme ça. On est alors bien embêté devant un film qui ose se contredire et donc ne rien assumer de sa critique pour la beauté du geste. Entre l’acte héroïque et la sensiblerie Becker s’est embrouillé, son film est bicéphale et inconciliable.

Deux jour à tuer
De Jean Becker
Avec Albert Dupontel, Marie-Josée Croze, Pierre Vaneck
Sortie en salles le 30 avril 2008

Illus. © Studio Canal

Jérôme Dittmar