Après avoir été le hot spot de Cannes l’année dernière, avec ces choix sans faute de films qui mêlaient exigence et sens du spectacle (Dans Paris, The Host…), l’attente est grande de cette nouvelle sélection. Aperçu rapide des points forts annoncés, face à l’écrasante compétition officielle.

La Quinzaine commence fort à sa manière, puisqu’à défaut du nouveau Wong Kar Wai, c’est un premier film qui ouvre la sélection, Control, réalisé par Anton Corbijn. Les fans de rock auront reconnu le génial photographe et clipper, dont la carrière a commencé avec Joy Division au tout début des années 80 pour se poursuivre par des collaborations privilégiées avec U2 et Depeche Mode. Il s’agit ici d’une sorte de retour aux sources : une biographie fictionnalisée du groupe Joy Division, qui a influencé à peu près autant d’artistes que le Velvet Undreground. De ce biopic sur la vie – difficile – du chanteur Ian Curtis, épileptique et qui finit par se suicider à 22 ans, filmée dans ce noir et blanc typique du photographe, on attend, avouons-le, beaucoup.

Autre point chaud de cette sélection : une très belle brochette de cinéastes français, des plus attendus aux plus inattendus. On guettait ainsi avec impatience, et ce depuis sa sublime Blessure, le nouveau film de Nicolas Klotz, et le voici, sobrement intitulé La Question humaine, où l’on retrouve pas moins que Mathieu Amalric, Michael Lonsdale, Jean-Pierre Kalfon, Lou Castel, et Edith Scob, autour de l’inquiétude existentielle d’un directeur des ressources humaines soudain pris de vertige… Autre gros casting de la Quinzaine, Après lui de Gaël Morel, où Catherine Deneuve campe une femme qui, ayant perdu son fils, s’attache à l’un de ses amis. Gros buzz attendu, et peut-être la confirmation de la naissance d’un grand cinéaste ? A noter la participation au scénario de Christophe Honoré qui, avec son propre film en compétition, devient l’un des hommes forts de ce festival.
Autres films attendus au tournant, le nouveau de Jacques Nolot après le magnifique Chatte à deux têtes, Avant que j’oublie, librement inspiré de sa vie sentimentale et sexuelle, un peu comme Un homme perdu de Danielle Arbid s’inspire des travaux auto-biographiques du photographe Antoine d’Agata. Deux films qui pourraient créer des remous, à la manière du film de HPG l’année dernière…

Beaucoup moins attendus car débutants au long-métrage, on ne ratera pas La France de Serge Bozon, qui énerve autant qu’il passionne, ce qui demeure l’un des signe de vitalité de ce cinéma érudit mais joueur. Interprété par Pascal Gregory et Sylvie Testud, sur fond de Première Guerre Mondiale, le projet ne manque en tout cas pas d’ambition. Sur un autre mode, celui de l’intime et du viscéral, Mia Hansen-Love, ancienne mais jeune critique des cahiers du cinéma livre un Tout est pardonné qui semble placé sous la bonne et gracieuse étoile du Clean d’Oliver Assayas. Intriguant. Tout comme le premier film réalisé par Sandrine Bonnaire, Elle s’appelle Sabine, documentaire sur sa sœur qui souffre d’autisme. A base d’images d’archives, l’actrice s’y livre à un portrait de famille qui sera certainement moins complaisant que le Tarnation de J. Caouette découvert dans cette même sélection.

Mais la Quinzaine ne serait pas totalement elle-même sans son lot de films électro-choc, ovni cinématographiques qui marquent de véritables choix de cinéastes. On pense ici à PVC 1 du Colombien Stathoulopoulos Spiros, qui nous fait suivre une prise d’otage, filmée en un plan séquence. Ou bien sur à Dai Nipponjin de Matumoto Hitosi, certainement le film le plus barré du festival, puisqu’on y suit façon cinéma-vérité, caméra à l’épaule, la vie quotidienne d’un homme chargé de faire respecter l’ordre au Japon. Rien de bien étonnant jusqu’à ce que l’on assiste à la transformation qui nous révèle l’ampleur de sa tâche… Enfin, on ne saurait résister à la curiosité borderline à laquelle se livre Devor Robinson dans Zoo : il part à la découverte d’un groupe de zoophiles américains, qui se nomment les zoos, alors que leur lubies sexuelles ont éclaté au grand jour dans les médias du pays suite à un accident scabreux….hum hum. Enfin, pour finir sur une touche plus lumineuse, on reverra avec plaisir la comédie loufoque et idiote de Gregg Araki, Smiley Faces, dont on vous parlait lors du festival de Berlin.

Illus.1 : Après lui, Gael Morel
Illus.2 : Zoo, Devor Robinson
Illus.3 : Le Voyage du ballon rouge, Hou Hsiao Hsien

Laurence Reymond




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