Le temps d 'un rendez-vous singulier certains jeudis, de jeunes artistes envahissent les couloirs du musée d'art moderne. L'occasion de créer échos et contrepoints, passerelles et parallèles aux œuvres endormies. Ludiques et électriques, les Jeudi's réaffirment la vocation première de Beaubourg: un temple bifluoré pour une culture décomplexée.
En 2005, le Centre Pompidou ouvrait sa collection à des étudiants en écoles d’art afin de revitaliser ses nocturnes. Trois ans plus tard, les nombreux spectateurs des Jeudi’s, un public très jeune, fidélisé sur du bouche à oreille, saluent le succès de cette initiative. Si beaucoup de musées développent actuellement une programmation scénique, c'est souvent dans d'autres espaces que les salles d'expositions. L'originalité des Jeudi's est de proposer aux artistes un rapport direct avec les œuvres, celles-ci ne sont pas le papier peint illustratif de leur démonstration mais le moteur même des créations.
« Pour nous c’est offrir la possibilité à de jeunes artistes tout d’abord de découvrir les collections du musée et ensuite de les investir comme un véritable terrain de pensée, terrain qui s’affirme comme laboratoire d’expérimentation », Florence Morat, organisatrice de l'évènement, insiste sur cette nécessité pour de jeunes artistes d’aller chercher de nouvelles sources d’inspiration dans d’autres territoires de l’art.
C’est ainsi que ce jeudi 10 avril, quatre hurluberlus acrobates (à l’école de cirque de Rosny) s’entassaient dans l’encadrement d’une porte, en relation aux postures stoïques, béates et emmêlées des personnages du peintre Fernand Léger, tout de ronds et de bosses...
Il est fort à parier que Dubuffetet autres Jackson Pollock,peu enclin aux institutions étouffantes vecteur d'un art stérile, auraient apprécié de voir leurs œuvres trouver des échos acrobatiques…
Contraintes et prises de risques
Pour les jeunes artistes le musée c’est d’abord des contraintes, de par la proximité du public et les règles de sécurité en matière d'œuvre. « C’est pas évident de s’adapter : pas de vibration, pas de saut, pas de course », raconte un jeune homme de Rosny qui travaillait avec l'œuvre de Mario Merz. Pas évident donc pour un acrobate… Mais de poursuivre : « Ça oblige à glisser vers d’autres terrains, c’est sûr que ça influence notre pratique de circassien». Les contraintes un rien déstabilisantes du début s'effacent petit à petit devant la possibilité d'approcher de nouvelles formes de pratiques, une autre façon de rendre compte de sa sensibilité. Ce nouveau terrain de jeu, empli de signes et de sensations à investir, électrocute les habitudes et conduit à un investissement souvent intense des participants.
Ces cérémonies de vagabondage libre dans le musée dispersent des surprises au détour des chemins : des esquisses de tentatives ou des éclats réussis - et c’est tout là l’intérêt de ces rencontres, de l'improvisation peut éclore des moments vivifiants pour l'imaginaire, fait si rare sur nos scènes contemporaines trop souvent lisses et attendues.
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En ouverture du 10 avril, sur le parvis, la joyeuse équipe escaladait la façade du Centre et les tuyaux tentaculaires des architectes Rogers et Piano. Ceux là même qui il y a trente ans pensaient leur musée comme un monstre coloré et fonctionnel pour une culture désampoulée. Urban I City, c’est le thème donné pour le prochain rendez-vous des Jeudi's, une interrogation autour de la place du musée dans la ville. Question également au cœur des préoccupations de départ des deux bâtisseurs.
Les artistes invités font partie du département « Performances Pratices and Research » de la prestigieuse Central School of Speech and Drama de Londres. "Performances" cela signifie que ce sont des perfomers, pour la plupart d'anciens danseurs en quête de nouvelles formes scéniques. Attendons de voir comment Beaubourg, ses points de vue sur la ville et son architecture vont être investis dans des formes singulières à la lisière du théâtre et de la danse.
C'est à travers ce genre d'initiative, légère et empruntée, sérieuse mais jamais stricte que se réaffirme un vent de liberté dans le paysage culturel. Autant pour les œuvres en passe d'être oubliées, que pour le public, libre de déambuler, ou le désir d'explorer des artistes. Décalons les frontières dans des communions inattendues, longue vie aux Jeudi's!

Les jeudi's du centre Pompidou, le deuxième jeudi des mois de février, mars, avril et mai. Prochain rendez-vous Urban I city par le Central School of Speech and Drama de Londres, le jeudi 29 mai à 19h.
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