Pour participer aux grandes célébrations soixante-huitardes, Patrick Rotman a choisi de sortir du cadre hexagonal pour replacer les événements dans un contexte plus vaste, plus sombre aussi. Plongée en images et en musique dans une atmosphère de révolution mondiale avec 68, diffusé sur France 2 et sorti en DVD.

Patrick Rotman veut-il liquider mai 68 ? Comme s'il voulait gâcher la fête à laquelle tout le monde semble se joindre gaiement pour ce 40e anniversaire de mai 1968, l'auteur des documentaires sur Chirac et Mitterrand, spécialiste de la période, a choisi un ton qui surprend par sa gravité.
Dans ce 68, vous ne verrez pas que des gentils hippies pavé dans une main, pétard dans l'autre. La perspective est mondiale, et la temporalité dépasse largement le bouillonnant mois de mai. 1968, c'est l'année des assassinats de Robert Kennedy et Martin Luther King, de l'offensive du Têt au Vietnam et de la radicalisation de la guerre, du Printemps de Prague et de son écrasement par les chars soviétiques, de la révolte des étudiants mexicains et de leur massacre.

Réalisé entièrement à partir d'archives en couleur souvent inédites, sans interview ni témoignage, 68 est construit sur des allers et retours entre les rues de Paris, Saïgon, Washington, Mexico et Prague. En mêlant des images de guerre, de concerts, de manifs ou de cortèges funèbres, Rotman dégage son propos : 68 fut une année d'espérance et de fête mais le réveil fut brutal et beaucoup d'illusions perdues en chemin. En soignant ses transitions visuelles, du poing ganté de noir des athlètes américains au JO de Mexico au pied de Janis Joplin battant la mesure sur scène, il créé une cohérence dans ce vaste chaos mondial et avance un point de vue très particulier sur les événements. Qu'il choisisse d'ailleurs de terminer son récit sur Jan Palach, étudiant tchécoslovaque qui s'est immolé par le feu au tout début de 1969 dit quelque chose de la vision que l'auteur retient de l'année 1968.

Outre son intérêt historique - moins poussé et précis que beaucoup des précédents documentaires de Rotman -, 68 est avant tout une fresque, avec ce que cela implique de spectaculaire et de grandiose, d'émotionnel et d'esthétisme. La musique y est un personnage à part entière, avec les attendus Jimi Hendrix, Janis Joplin ou Joan Baez, mais aussi quelques titres improbables (notamment "La Révolution" d'Evariste, docteur en physique théorique et chanteur révolutionnaire pour l'occasion, vaut le détour auditif). Loin d'une énième analyse sociologique sur mai 1968, ce film est une proposition ouverte, un torrent d'images, choisies et montées avec toute la subjectivité possible mais qui laisse un espace pour la réflexion que celles-ci nous inspirent.

Illus. © DR

Vanina Arrighi de Casanova




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