jusqu'au 30 juin 2008
Le Grand Palais nous plonge dans les délices de la reconstitution kitsch de l'univers de la reine Marie-Antoinette. De la jeunesse glorieuse au derniers instants sur l'échafaud, l'exposition brosse avec une certaine complaisance le portrait d'une femme au perpétuel statut de victime, dont on persiste encore à amender la frivolité.
Depuis le film que lui a consacré Sofia Coppola, œuvre criarde et mal fichue, Marie-Antoinette est devenue une figure à la mode, trop vite assimilée au cliché de la petite fille riche qui s'ennuie, victime de son destin. C'est qu'en effet la jeune (et pas très jolie, d'après les dizaines de portraits présents au Grand Palais) Maria Antonia de Habsbourg n'avait sans doute ni les épaules, ni la jugeotte pour être une reine digne d'entrer dans l'Histoire. Malgré les biographies successives, d'un Stefan Zweig adorant à une Antonia Fraser obsédée par le détail, les historiens semblent bien en peine de définir la figure de la jeune reine.
Un rien écoeurant
Dans une scénographie kitsch (par le metteur en scène d'opéra Robert Carsen), usant de lourds drapés pas vraiment XVIIIe et d'effets mélodramatiques (notamment la grandiloquence du miroir brisé qui annonce la sombre fin), ponctuée d'un habillage sonore passant du quatuor à cordes au pépiement d'oiseaux (nous sommes à Trianon...), les centaines d'objets présentés au Grand Palais ne parviennent pas à cerner le personnage — qui peut-être n'en vaut finalement pas la peine, malgré, il est vrai, les touchants mots laissés le matin de l'exécution à l'attention de son fils (« Qu’il ne cherche jamais à venger notre mort »).
De beaux objets tout de même
On finit donc par laisser un peu tomber la tentation de dresser un portrait psychologique du sujet, pour consacrer toute son attention à la qualité des œuvres, témoignant d'une période faste des arts décoratifs — amateurs de sobriété s'abstenir. D'un secrétaire en nacre de Riesener à un repose-pied fleuri, en passant par des boîtes à bijoux japonaises et autres services de table, ces objets d'art, en provenance majoritairement de Versailles et du Louvre, révèlent la magnificence des arts décoratifs de l'époque, supérieurs sans doute encore à la peinture et la sculpture contemporaines.
Victimisation
De toutes les représentations de la reine, pour la plupart des portraits d'apparats peints ou sculptés par les meilleurs artistes de l'époque, le plus véridique est sans doute celui qui clôt l'exposition, un croqueton dessiné à la hâte par le peintre [people]David[people], acteur intransigeant de l'exécution du couple royal, où l'on voit celle qui est devenue la « veuve Capet », dos et menton fièrement dressés, en chemin pour l'échafaud. Dans cette dernière partie de l'exposition, les commissaires alimentent encore et toujours la victimisation de Marie-Antoinette, notamment en prenant au premier degré des caricatures qui la représentent en ogresse ou en nymphomane. Cependant, si 93 a sans doute été d'une cruauté sans bornes envers le roi et les royalistes, peut-être ne faut-il pas oublier les raisons de la haine (on sait aujourd'hui le rôle de la reine dans les décisions politiques du roi) et les enjeux de l'Histoire, fort éloignés, certes, des joliesses de Trianon. A quand, enfin, un portrait politique de Marie-Antoinette ?
Illustr1Marie Antoinette, Joseph Ducreux©Photo RMN, Gérard Blot; illustr2 Kirsten Dunst dans Marie-Antoinette de Sophia Copola; illustr3 Service au ruban offert par Louis XV à Marie Thérèse en 1756 (détail)©Bundesmobilien verwaltung, Silberkammer Hofburg Wien. Photo Edgar Knaack; illustr4Marie-Antoinette conduite au Supplice, 16 octobre 1793 Jacques Louis©photo RMN, Thierry Le Mage.
Marie-Antoinette au Grand Palais jusqu'au 30 juin 2008.
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