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Petites réflexions pré-festivalières sur la sélection officielle
Cette année encore, le Festival de Cannes a su savamment mêler poussières d’étoiles et matières grises.
La constitution du jury, la richesse de la sélection officielle, avec une Amérique en force et une France qui n'est pas en reste, font de ce soixantième Festival une édition particulièrement stimulante.
Après le film d'ouverture qui met en scène la belle Norah Jones, héroïne de My Blueberry Nights , le dernier Wong Kar-Wai, il faudra tenter de retoucher terre.
Tout d’abord, à tout seigneur, tout honneur : les Etats Unis débouleront en force, dans un flot de crimes, de drogues, de Lolita sexy et de psychopathes. Aussi on ne désespère pas de pouvoir apparaître en troisième ou quatrième plan sur une photo des frères Joel et Ethan Coen (toujours en quête de la bêtise made in US dans No Country for old men ), de Tarantino (un des abonnés du Festival, présent cette fois avec Death Proof ) ou de David Fincher (surgissant de l’ombre avec certainement le film de la maturité, Zodiac ).
A moins que James Gray ne nous fasse l’honneur de nous inviter à la soirée de son troisième film, We own the night , où nous pourrions croiser Eva Mendes - avec ou sans chemise à poignets « mousquetaires »… Et si nous ne voyons aucune de ces célébrités – ce qui risque malheureusement d’arriver -, nous ne manquerons pour rien au monde l’apparition de Gus Van Sant, venu pour Paranoid Park . Car la vision de celui qu’il faut bien se résoudre à qualifier de « plus grand cinéaste américain vivant » excusera bien toutes les déceptions du moment. On est groupie ou on ne l’est pas !
L'Amérique politique
Précisons que ce sera certainement par elle – L’Amérique, celle de Bush et des laissés pour compte -, que le festival nous livrera ses séances les plus crapoteuses et les plus – osons le mot – politiques. A côté du doc écolo co-écrit par Leonardo Di Caprio (!), The 11th hour , Michael Moore viendra encore joué les troubles fêtes de l’économie libérale avec un pamphlet sur le système de santé américain ( Sicko ) ; et Abel Ferrara explorera encore une fois, dans Go go tales ces nuits que les bien pensants ne sauraient voir et entendre, celles des boites louches et des petites frappes. Avec au passage, la prestation de la désormais inévitable – sinon indispensable – Asia.
Profitons d’ailleurs de cette évocation (pour ne pas dire invocation, tant nous nous languissons de la croiser à l’ombre des réverbères de la Croisette) pour définitivement introniser la fille Argento « Reine de Cannes » : cette année, de nouveau – car ce n’est ni la première, ni, gageons-le, la dernière fois que cela arrive -, elle escaladera le tapis rouge pour trois films. Et quels films ! A côté du Ferrara, elle brillera dans le Catherine Breillat ( Une vieille maîtresse où, on l’espère, le verbe courtois et les robes à dentelles n’occulteront pas trop les « talents » intimes de la demoiselle) et le nouveau Assayas.
Une France exotique
Comme quoi la France sera également présente en force. Mais avec un soupçon d’exotisme, de délocalisation et d’échanges internationaux. Quand le taïwanais Hou Hsia Hsien s’amuse avec notre capitale dans Le Voyage du ballon rouge (un titre en référence au film d’Albert Lamorisse qui a déjà bercé quatre ou cinq générations, et auquel rendra un juste hommage la Quinzaine des réalisateurs), Olivier Assayas part à Hong Kong avec la belle italienne jouant les amantes éplorées ( Boarding gate ). Et pendant ce temps, Jean-Pierre Limousin nous raconte quelques histoires de Young Yakusa . A croire qu’à la fuite des cerveaux succèdent celles des cinéastes – on pourrait par ailleurs les comprendre… Heureusement que reste sur notre territoire bien protégé un Christophe Honoré qui, à travers quelques Chansons d’amour , nous rejoue Paris façon « do-mi-si-la-do-ré ». Une comédie musicale qui amènera certainement un peu d’air frais dans un Festival toujours teinté de tristes réalités.
Car on peut faire confiance à Alexander Sokurov, Béla Tarr, Kusturica, Julian Schnabel, Naomi Kawase, Raphael Nadjari, Carlos Reygadas ou Roy Anderson, Harmony Korine ou le vétéran Barbet Schroeder. Que sera sera, comme disait la chanson.
En attendant, on ne peut que constater la vitalité de la « soixantenaire ». Elle qui nous fait encore le coup de la vitalité renaissante, on est tout prêt à la suivre. Avec néanmoins un ou deux bémols, souvent énoncés par le passé d’ailleurs: la disparition des starlettes, chassées des plages comme les prostitués de la Croisette, et remplacées par des SDF emmitouflés dans des sacs de couchages; et des soirées un tant soit peu orgiaques – mais là, nous sommes injuste, car nous en avons peut-être manqué une ou deux par le passé. Un Festival actif et productif donc, malgré un troisième âge approchant ; un rassemblement joli, lisse et propre sur lui. Une manifestation culturelle comme notre désormais cher Président aimerait certainement en voir plus souvent.
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