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Le teint constamment hâlé, l’allure désinvolte juste comme il faut pour appartenir au genre « plus cool tu meurs », la répartie cinglante et volontiers moqueuse : George Clooney pourrait passer pour la classe incarnée. Sauf que depuis quelque temps, envers du décor, son impeccabilité commence à sérieusement nous fatiguer. Jalousie diront les fans transis, esprit chafouin à n’en pas douter, et pourtant tout n’est pas aussi reluisant quand on s’attarde plus d’une minute sur le cas Clooney.
Bien peu d’acteurs ont un charisme aussi évident que George Clooney. La classe old school, celle des acteurs d’un Hollywood classique, qui le place aux côtés des Cary Grant, Gary Cooper ou James Stewart. Un charisme qui tient aussi bien à son physique d’homme mûr (même à 50 ans, Brad Pitt aura toujours l’air bien plus adolescent que Clooney, qui semble de son côté n’avoir jamais eu 15 ans), qu’à son art maîtrisé de la conversation et des traits d’esprits qu’il dispense généreusement en interviews. Une vie privée discrète et un engagement soutenu auprès des démocrates, ainsi qu’une tentative de médiation lors de la crise des scénaristes, il a incontestablement accumulé les bons points « d’intello d’Hollywood ».
Du protéiforme au monolithique
Mais le bât blesse légèrement quand on regarde de plus près la filmographie de l’acteur/réalisateur. Son début « officiel » de carrière sur grand écran avec La Ligne Rouge de Terrence Malick ou Les Rois du désert de David O. Russel, nous en a mis plein la vue. L’apogée, en terme de jeu d’acteur, étant sans doute atteint en 2000 avec O' Brother, des Frères Coen alors très en forme. Mais, patatra, à partir de 2002, Clooney passe du statut d’acteur protéiforme et brillant à celui de monolithe à deux faces : celle ultra sérieuse des films intello, « engagés » ou assimilés (Good Night, And Good Luck., Syriana, The Good German…) et celle des très "laid back" Ocean's (Eleven, Twelve, 13 - on ne tue pas une poule aux œufs d’or).
Une chose apparaît comme évidente : qu’il soit dans un registre fun ou un plus sérieux, Clooney se doit constamment d’être cool. Le cool incarné. Jazzy, mid-tempo, Clooney impose partout son rythme qui swing juste ce qu’il faut. Avec Steven Soderbergh, son partenaire de nombreux films, via leur société de production commune, Clooney invente un cinéma ultra conscient de lui-même, dans la référence perpétuelle – mais toujours de « bonnes » références. Les Ocean's s’inspirent ouvertement du Frat Pack, mais d’un remake de Solaris à The Good German et son noir et blanc plein de nostalgie, le tandem se trace tranquillement une route placée sous le signe castrateur du « bon goût ». L’ersatz d’humour qu’on retrouve encore dans les Ocean's tenant surtout du clin d’œil complice, on peut considérer que la team Clooney/Soderbergh n’est pas là pour rigoler : elle a un message à faire passer.
Clooney, coolney ?
La teneur du message nous échappe encore, et tant mieux, même si Clooney cinéaste appuie un peu plus les traits que son collègue. D’un classicisme toujours impeccable, ses films restent en mémoire surtout pour leurs sujets, centrés sur des personnages d’hommes exceptionnels, bien plus que pour un quelconque style de mise en scène. On s’ennuierait presque avec cette image du cool qu’est devenu Clooney (Coolney ?), si avec son petit côté donneur de leçon, il ne commençait à sérieusement nous taper sur le système. L’insupportablement moralisateur Michael Clayton sonnait la charge lourde, et l’acteur semble aujourd’hui prêt à enfourcher le cheval de toutes les batailles du moment. On l’attend dans un documentaire consacré au Darfour, ainsi que dans plusieurs projets rétro et à forte teneur garantie en « cool » (le prochain film des frères Coen, le remake de 36 quai des orfèvres). Etre la bonne conscience d’Hollywood tout en gardant son étiquette glamour, George a tout compris, et tout gagné. Mais il a aussi perdu au passage une qualité pourtant fort utile à un acteur : celle de pouvoir nous surprendre.
