Comment inscrire une œuvre en écho, en dialogue, en prolongement de l'oeuvre de Rubens, Rembrandt ou Van Dyck ? Dans ce « contrepoint » présenté au Louvre, Jan Fabre relève le défi de façon frontale… avec humilité mais sans peur du choc.
C’est sans concession que Jan Fabre donne le la de son exposition. Son installation « Je me vide de moi-même (nain) », en ouverture, représente un homme figé, la tête dans un tableau. L’homme est petit, plus petit que Jan Fabre mais il a son visage. Du sang coule de son nez. Outre la virtuosité de cette installation - la matière troublante de la peau, des cheveux, du sang et des poils qui rapproche le mannequin du vivant - ce dispositif est lourd de sens.
Fabre se représente dos à nous visiteur et face à ces maitres, sans pitié. Il marque l’impossible rencontre, l’ampleur de l’admiration de celui qui voudrait faire un avec la toile, et que cet héritage épuise, ou la volonté de destruction de celui qui ne peut être à la hauteur. ..
Le plasticien provocateur se présente ici avec humour et dérision et ne s’empêchera pas de proposer des œuvres un rien abracadabrantesque…
Un ver de terre pour Rubens
Lorsque le petit Jan découvre Rubens il a dix ans et, comme il le remarque au micro de France Culture (présente dans les lieux pour cette première journée d’expo), « c’est pour moi un peu un Andy Warhol ». Il poursuit sur la façon dont le peintre baroque concevait avant l’heure des « installations ». Alors, en hommage aux 24 toiles monumentales que le peintre des rois réalisa sur une commande de Marie de Médicis, le plasticien flamand dispose un énorme ver de terre sur des pierres tombales…
Le ver a visage humain, celui de Fabre, et vocifère en flamand « je veux sortir ma tête du nœud coulant de l’histoire ». Le ventre de la bête enfle, marquant sa respiration profonde, des poils sur sa peau rosée lui donne une apparence étrange, très organique. Épargnons-nous les réactions de certains visiteurs indignés…
C’est en effet avec une certaine dose d’humour qu’il faut appréhender l’œuvre, et qui plus est un éclairage conceptuel. Pour Fabre le lombric est symbole de fertilité et de putrescibilité, il apporte l’aération nécessaire à la terre. Le ver/artiste/ dans la terre/société. « Si l’on prive la société de l’artiste, celle-ci se suicide » dira-t-il au même micro en écho à cette œuvre.
Parallèle improbable
Le ver est entouré de stèles qui portent en flamand le nom d’insectes et les dates de naissance et de mort de personnalités du mondes des arts et des lettres. Et le plasticien de s’expliquer, « Comme Rubens avait pour compagnon de route les rois, j’ai moi des artistes et des intellectuels ». Quant au nœud coulant de l’histoire, il est en écho direct à l’installation du début. Fabre se représente dans un piteux statut, mais dans une noble fonction. Il ne fait pas écho à l’œuvre mais à l’individu peintre tout entier et à son positionnement dans sa société.
Le ridicule côtoie le pathétique, et le provocant, car l’œuvre est moche comme le ver est laid, mais elle parvient à être monumentale comme les vingt quatre toiles de Rubens et à trouver une puissance dans son épaisseur morbide et dérangeante.
S’agenouiller devant le génie ou se risquer dans une interprétation sensible, Fabre a choisit d’inscrire son itinéraire en parallèle du peintre baroque. Et la diagonale délirante qu’il trace dans l’histoire parvient finalement à créer un écho évocateur à l’œuvre majestueuse.

Sanguis sum 2001 Attilio Maranzano©Angelos©Adagp.2008/ Je me vide de moi-même (nain)2007©2008, Musée du Louvre-Antoine Mongodin/ Autoportrait en plus grand ver de terre du monde 2008 Attilio maranzano©Angelos©Adagp 2008/ Autoportrait en plus grand ver de terre du monde2008©musée du Louvre/Antoine Mongodin©Adagp2008
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