Patti Smith s'expose à la Fondation Cartier. La chanteuse et artiste américaine, hantée par les fantômes du passé, révèle son intimité créatrice dans une exposition en noir et blanc.
L'icône rock
La musique semble avoir été volontairement écartée de ce portrait de l'artiste totale. Personnage unique, Patti Smith est pourtant une figure mythique dans le panthéon du rock, adepte d'une forme de musique poétique, à la limite entre performance musicale et expressionnisme littéraire.
En écho à la musique, Patti Smith se fait dessinatrice, et exprime sans génie mais avec une grande liberté de trait les affres de la sexualité, le rapport à ce corps androgyne et aigu que Robert Mapplethorpe photographia avec amour et fascination. Entremêlés de mots, ses dessins tremblés, proches dans leur style des Women du peintre De Kooning, entretiennent un lien ténu avec la littérature et complètent la mythologie personnelle de l'artiste.
Aux chers disparus
Patti Smith vit dans le passé et ne semble pas s'en défendre. Saisis par l'objectif photographique, ou purement prélevés dans le réel, les objets glanés par l'artiste, fétichiste au plus haut point, forment un musée personnel, un cabinet de curiosités intimiste. Les pantoufles du photographe Robert Mapplethorpe, l'amant magnifique. Une pierre pêchée dans la rivière où sombra Virginia Woolf, les poches emplies de galets. Un ticket d'entrée au musée Rimbaud de Charleville-Mézières, où, pieusement, elle fait pèlerinage à l'âge de 27 ans.
Ses chers disparus hantent sa mémoire comme son champ visuel, dont elle capte les échos depuis une douzaine d'années au moyen de son vieil appareil photo, le Polaroid Land 250, qui donne son nom à l'expo. Objets sacralisés et paysages nus, lieux-dits et pierres tombales sont les sujets de ces images volées au temps.
Patti Smith photographe use quotidiennement du Land 250 comme d'un substitut de la mémoire immédiate. En 1995, la mort de son mari Fred « Sonic » Smith, guitariste des MC5, lui fait perdre ses moyens créatifs : l'instantanéité du Polaroïd lui permet de photographier le banal, le contingent, ce qui trop vite échappe, disparaît. Ses petits photos en noir et blanc, au format carré, sont, selon elle, « les reliques de [sa] vie passée, les souvenirs de [son] errance ».
Dépassant le geste artistique, l'artiste y trouve tout à la fois un mode de communication avec l'au-delà et un moyen de s'ancrer dans le réel, par peur de la dérive et de l'oubli. Obsessionnelle, Patti Smith photographie les tombes des êtres qu'elle a aimés ou admirés : Beckett, Sartre et Beauvoir... Et bien sûr Arthur Rimbaud, toujours et encore, l'icône révérée depuis l'adolescence, dont elle admire la jeunesse rebelle, l'artiste maudit avec lequel elle entretient un rapport intime, répétant inlassablement « He was so damn young » et crapahutant sur sa tombe. L'amant, l'ami, le frère — dessiné, photographié, chanté. Pour ne pas oublier.
Patti Smith, Land 250 Paris, Fondation Cartier pour l'art contemporain 28 mars – 22 juin 2008
Pour cette exposition parisienne, Patti Smith s'est investie avec passion, notamment par la programmation exigeante de Soirées nomades, où elle a prévu non seulement de chanter, mais aussi de lire des textes de Virginia Woolf, ou d'inviter des musiciens, poètes et danseurs.
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