Fluctuat/Arts, culture, société, poil à gratter
• Musique • Cinéma • Livres • Jeux vidéo • Télé • Société • Arts • Scènes • Sortir

> newsletter | blog livres | forum livres | photos livres | jeux | concours
dernière mise à jour le 12.02.12 à 14:57
x fermer Inscrivez-vous à la newsletter Flu :
Actu livres
News livres
Prix littéraires
Événements
Littérature en vidéo
Actu numérique
Critiques
Mana Neyestani Une Métamorphose Iranienne
Régis Jauffret Claustria
Justin Torres Vie Animale
Thomas McGuane Sur les jantes
Steve Tesich Karoo
Joshua W. Cotter Les Gratte-Ciel du Midwest
Erik Rémès Barbares
David Mitchell Les mille automnes de Jacob de Zoet
Les critiques Livres
Entretiens
Rencontre avec David Mitchell
Rencontre avec David Mitchell
Entretien avec Tao Lin
Entretien avec Alexis Jenni, prix Goncourt 2011
Entretien avec Madison Smartt Bell
Entretien avec Patrick Maurus
Interviews Livres
Articles
Top Livres 2011
Pour qui votent les héros de bd ?
Le graphic novel est-il existentialiste ?
Le guide anti-Pénélope Bagieu
La rentrée 2011 anglo-saxonne : sélection
Articles Livres
Dossiers
Rentrée littéraire
Rentrée littéraire
Festival d'Angoulême
Prix littéraires
Dossier polar US
Lectures d'été
Entretien avec Maurice Dantec (1/3)
Salon du livre
Marvel et les X-Men
Tous les dossiers Livres
Année 1998

Réencrasser l'absence au monde

Bouche de toutes parts - E.

L'obligé de la Couleur de ses lèvres, éditeur

Je déambulais à la FNAC des Halles, l'œil paresseux, au milieu des étalages insipides, quand je tombai sur un trésor.

D'abord, la couverture : une initiale, E, en guise de nom d'auteur. Une présence réduite à un signe en voie de « disparition ». Puis mon regard s'arrête sur L'obligé de la Couleur de ses lèvres, éditeur. Intrigant. La poésie émerge là où d'habitude seule l'industrie se signale. Les codes littéraires seraient-ils renversés ? Un éditeur devenu l' obligé d'une bouche de toute parts ? Ne rêvons pas…En tout cas, de manière plutôt ludique, c'est bien la voix, en tant que surgissement informe et sensuel, qui retrouve la première place.

Poursuivons. En guise d'épigramme, la mise en place d'un programme en trois points. Ecrire (comment) : l'imperfection de la mort/ la perfection du malheur/ la joie. Annonce d'un art poétique, qui paraîtrait fade s'il n'était pas teinté d'une réjouissante humilité.(Tout est dans le « comment » encore en suspens !) Et puis, cette « joie » finale m'intrigue : enfin, me dis-je, le dépassement du poète maudit ? Baudelaire terrassé par René-Guy Cadou ? Voyons la suite. D'abord, le meurtre. La rupture sur laquelle tout se construit. Pigmenté de mort, d'apparition infanticide, le corps du sens intime. Ecrire. Puisque toute langue est le rebut de sa filiation, il faut poursuivre, d'une seule voix, l'antériorité dérisoire. L'écriture, souvenir d'un traumatisme ? Pas très original…Mais ici, cette blessure initiale génère un flot d'ordure, une régurgitation, contre laquelle il faut lutter, dont il faut inverser le dynamisme : il s'agit de vomir l'impunité du son, mais comme bruit de canule adouci, décrotté. Cette activité de sédition consiste à proposer que le milieu/jaillisse de l'excroissance. La parole poétique se fait point fixe, s'oppose au flot bourbeux des traumatismes personnels : Immobile, dans ce qui n'a de cesse/de resssourdre,/de panser chaque frilosité du corps. La parole devient épaule éjectée, mutilante, car écrire dresse le cadastre immature de la mutilation : la poésie claudique, pré-bot. Ballottée entre aveu et rejet, elle reste bancale. Et c'est là qu'intervient une autre définition de l'écriture : l'abolition du possible, sa luxure, l'écrit. Evidemment, on est d'abord déçu par la banalité de cette resucée sadienne, l'équivalence plume et pénis : Mystiques honteux, nous ne tolérions pas de jouir hors de la montée du sperme./ Je brûlais d'écrire. Mais le parcours se fait plus complexe. Ce qui semble intéresser l'auteur, au-delà du principe d'énergie vitale, c'est mimer le geste érotique : J'appelle Ecrire/recouvrer parodiquement la jouissance impubère ;/dilapider par le mime/le sang qui alarmait son pommeau/au faîte des graminées, récidivant la finitude/au profil d'orgasme diffus, couronné/de malédiction ouverte. Le sexe, c'est le noyau obscur qui motive la parole. Le sexe, seul point stable pour exprimer le meurtre initial : omission sexuée de la chose à dire, chose écarlate. Cette révélation passe par un mouvement continu de négation, poussé à l'extrême. On dirait parfois Mallarmé, lorsqu'il s'est détaché de Baudelaire : La passion sacrilège/pour l'acmé de la perte qui,/m'abolissant,/inaugure le théâtre de la Mort,/suprêmement prostitué/à la virginité de ses fards. C'est bien la fin des idéaux romantiques : écrire est une atteinte à la dépravation positive qui inventa la fleur (adieu, les Fleurs du Mal !) car il n'y a pas d'incorporable révélation, pas de Moi-je ailé. Mise à mort explicite du poète maudit, confit dans le spleen : Seule l'écriture/me rend encore tolérable/l'idée du bonheur/et intolérable/l'idée de ne pas être . Et c'est l'effondrement dans le bonheur d'écrire. La Muse a cessé de faire souffrir les hordes de poètes en proie à la page blanche. Ce n'est plus l'heure du poète tourmenté et marginal ; désormais, c'est le langage lui-même qui se retrouve excentré, mis en danger. Il faut rendre la Langue à sa puissance de déception, à ce qui feint en elle de se perdre avant de vous atteindre. Pas d'hypocrite recherche de la pureté : il faut réencrasser l'absence au monde, à qui tout s'empresse de faire sa toilette funèbre. Un seul geste est vital, celui de la fiction, c'est-à-dire de la mort continuellement recréee : Nous inventons la mort pour ne pas mourir de la recéler. La poésie arrête de nous voiler la face. Et nous agresse ouvertement. Le poète en appelle à votre haine de la poésie, ce bourgeon dans l'air, démembrement atroce, dites-vous. Il exige la désunion plus hospitalière que l'entente. Pourquoi conserver un rapport polémique au lecteur ? Parce que tout signe, pour devenir signe, tombe en disgrâce. Parce que le poète travaille à /réconcilier/des inconciliables-par-faiblesse:/le NON et l'AMOUR. Vaste programme. Parole bancale, parole excentrée, parole de discorde : comment, dans ces conditions, dire l'amour ? Par le cri. Je soupçonnais le moindre de tes cris de porter l'encre à sa beauté éparse, à sa fixité éperdue. Se démunir de l'émotion blanche : la parole n'accueille que l'ossature du souffle. Loin de l'urbanité d'écrire, ses infectes sarabandes, il s'agit de quérir ingratitude époumonée du verbe. Pourquoi le cri ? parce que le monde n'est fait que de fragments. C'est la fin définitive de l'Unité romantique, car le centre glisse/oriente ses porcelaines/agenouillées dans leurs brisures.

Après la table des matières, dernière pirouette ironique : Feins de/pouvoir/devant qui/peut,/afin/qu' il/puisse. Appel à suivre. A toi, lecteur, d'accomplir à ton tour le geste de la fraîcheur morcelante, la parole poétique. Mais attention ! Si la vérité n'engendre pas l'amour, tais-la. E a raison de nous parler. Ce joyau est à 10 euros. Tiré à 400 exemplaires. Allez déambuler à la FNAC des Halles.

Suivre @fluctuat
Séverine Weiss - 20 août 2007

• Les news de MilleFeuilles, le blog livres
Nick Mc Donell : petit garçon trop doué Nick Mc Donell : petit garçon trop doué
    Nick Mc Donell est un écrivain né avec un stylo doré...
La mise à mort du matador, j’adore ! La mise à mort du matador, j’adore !
    Si vous vous piquez d’écrire ou êtes simplement un...
Le livre se meurt, bon débarras ? Le livre se meurt, bon débarras ?
Livres-hebdo révélait dans son enquête annuelle il y a quelques...
Baby Leg : l'horreur près de chez vous Baby Leg : l'horreur près de chez vous
  Alors que son presque correligionnaire Mitt Romney vient de...
Barroco Tropical : splendide roman... angolais Barroco Tropical : splendide roman... angolais
  Il faut avouer qu'avant de lire Barroco Tropical,...
• Diaporamas livres

BD : La face cachée de nos héros de jeunesse

Auteurs de polar : 10 portraits au noir par Jean-Luc Vallet

De la pop à la littérature : les livres de musiciens

Tourisme littéraire : 10 destinations insolites

La Lolita de Nabokov en 20 couvertures

• Nés aujourd'hui
Georges Simenon
• Sur le forum livres

Avent', allez! Au bouleau Kant il s'arrêta...Idée d'histoire pour un roman d'amourLa Régression intellectuelleLe One Eye Club : podcast BDUne nouvelle trilogie de fantasy

• Deal du jour, avec Groupon
> tous les deals
  • J'en profite
• Restez connectés avec Fluctuat
RSS Facebook Twitter iPhone
Newsletter :





livres.fluctuat.net
Zoom sur

Jonathan Coe
Jonathan Coe
Michel Houellebecq
Michel Houellebecq
Bret Easton Ellis
Bret Easton Ellis
Jim Harrison
Jim Harrison
Jonathan Safran Foer
Jonathan Safran Foer
Christine Angot
Christine Angot
Jonathan Lethem
Jonathan Lethem
Dash Shaw
Dash Shaw
Les personnalités littéraires

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Afficher par : naissance / nationalité / métier
Dico des livres
Osez... les jeux érotiques
Dominique Saint-Lambert
Un(e)
Béatrix Beck
Filles Perdues
Alan Moore
Paula
Isabel Allende
L'abécédaire des livres

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z 0-9

Afficher par : genre litteraire / éditeur
Interviews cultes
Interviews cultes

- Interview de Pierric Bailly
- Interview de William Gibson
- Interview de James Ellroy
- Interview de Jonathan Coe
- Interview de Douglas Coupland



Qui sommes-nous ? | Confidentialité | Mentions légales | Publicité | Partenariats | Presse | Index | index livres | Syndication RSS

Plan du site : Musique - Cinéma - Livres - Jeux vidéo - Télé - Société - Arts - Scènes - Sexe - Foot - Sortir - Forum

Fluctuat.net - Tous droits réservés. Un service édité par Doctissimo Network