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Condemned 2

Orphée aux alcooliques anonymes


Condemned 2


FPS - PS3 - XBox 360 - Sortie en France le 28 mars 2008

Le premier Condemned avait fait partie du line-up de lancement de la Xbox 360. Angoissant, doté de graphismes et d’une aventure solide, il n’avait que sa répétitivité contre lui. La genèse nous ayant laissé sur une montagne de révélations surmontée d’une fin ambiguë, Condemned 2 avait de nombreux défis à relever, dont celui de nous captiver à nouveau. Etoffé, diversifié, rafraichi, il revient nous plonger avec délectation dans l’ombre du Serial Killer X.

Deux ans à bougonner sur une fin ouverte et mystérieuse, vingt-quatre mois à pester contre un flot d’informations qu’on ne pouvait espérer comprendre sans une suite.

Condemned avait réussi son œuvre de frustrations lors de sa sortie, en proposant une intrigue très construite et un background assez foisonnant pour nous donner l’impression d’être submergé. Les derniers chapitres nous noyaient de plot-twists et d’éléments qui nous échappaient, tout en nous laissant la ferme sensation que les auteurs, eux, savaient où ils nous menaient.

En reprenant le contrôle d’un Ethan Thomas ravagé et alcoolique, Condemned 2 nous fait toucher le fond de la piscine en nous maintenant la tête sous l’eau. Il nous force à donner cette ruade désespérée qui nous fera remonter à la surface.

Le culte de la dualité
Conçu comme une double descente aux enfers dont les dynamiques s’inversent, Condemned 2 nous enfonce plus profondément dans son univers cauchemardesque, lui opposant la thématique de la rédemption. De plus, deux crises identitaires se confrontent. Celle d’un monde en déliquescence qu’une organisation secrète veut remodeler par le chaos et celle d’un personnage qui découvre sa vraie nature.

Au fil d’un scénario très écrit, Ethan Thomas recroisera le Serial Killer X qu’il avait traqué dans le premier épisode. SKX, tout comme son oncle Vanhorn ne sont d’ailleurs que les fondations de l’édifice. Ils servent à poser, puis relancer la trame, qui finit par s’ouvrir d’elle-même et nous dépasser une fois de plus.
Il est intéressant de voir à quel point Serial Killer X mène Ethan Thomas à la découverte de ce qu’il est par incidence et de constater à quel point leurs aspirations sont opposées. Ce que désire le premier est ce que rejette le second. Ce sont deux personnages complexes en proie au doute, aux passions, à l’envie, des antagonistes qui donnent vie à un casting de Série B efficace mais mesuré.

Des égouts et de leur couleur, on ne discute pas
La qualité des doublages en VO et toute la bande-son sont à la hauteur du résultat graphique. Un moteur de jeu plus complexe, affichant des textures fines.

Les environnements glauques et crasseux sont d’ailleurs tellement détaillés qu’on vit mal le retour en infrastructures salubres. Elles nous semblent ternes et dénuées de personnalité, assez pour nous donner envie de retourner dans notre cloaque mazouté.
L’omniprésence de ce sang noir et goudronneux dans les délires d’Ethan donne lieu à des apparitions fantasmatiques impressionnantes. Les effets visuels, que ce soit la gestion des ombres ou les artifices graphiques, contribuent à ce sentiment d’oppression permanent. La fascination que provoque une scène gore de par sa finesse graphique en deviendrait presque dérangeante.

Tout aussi réussies, des animations nerveuses servent un système de combat plus varié que le prédécesseur. On peut ainsi alterner gauches et droites, entamer des combos, se défendre aussi bien à mains nues qu’avec tout ce qui traine dans le décor. La variété est le maître-mot dans une série qui devait éviter la lassitude. Le système est d’ailleurs assez complet pour qu’on s’y perde lors des premiers chapitres, entre combos standards, combos à jauge, parades, contres et coups de grâce contextuels. La violence est riche mais crue, spectaculaire à très petites doses. L’agressivité des ennemis compense une IA très basique, leur avantage ne reposant finalement que sur l’effet de surprise et leur pugnacité.

L’alcoolisme d’Ethan entre en ligne de compte quand il s’agira d’utiliser des armes à feu. L’état de manque rend la visée hésitante et il ne sera pas rare vider une bouteille en douce pour calmer les tremblements. Un détail, certes, mais qui contribue varier la tension des affrontements.

En marge des combats, les outils de médecine légale refont leur apparition, chacun avec une fonction bien précise. Lampe UV pour les taches de sang, spectromètre pour les sons et les odeurs, appareil numérique et GPS. On pourra dorénavant les utiliser sur les scènes de crime, mais aussi au cours des niveaux pour soutenir la narration, ou accomplir des objectifs bonus.
Les rituelles analyses sont en revanche devenues plus ludiques. En fonction des indices observés, on nous laisse choisir notre déduction à travers un menu à choix multiple. Suivant notre réponse, on se lancera ou non dans de fausses pistes chronophages et dangereuses, et cela influencera notre rang en fin de mission.

Masochisme cyclique
Les bilans post-chapitre sont importants, comme le deviendront vite les missions facultatives. A chaque chapitre correspond un accessoire ou une capacité qui nous facilite la vie, dont l’efficacité dépend de notre rang. On nous pousse ainsi doucement vers l’obsession, sans pour autant nus forcer la main. En effet, chaque bonus reste valide une fois acquis pour tous les modes de difficulté. Sans toutefois être rétroactif. Une capacité débloquée en fin de jeu ne sera pas accessible en début de partie, préservant la sensation d’évolution du personnage. On est très loin de l'omnipotence.

La rejouabilité de Condemned 2 est ainsi élevée, que ce soit pour obtenir toutes les médailles d’or, modifier son challenge, ou découvrir le mode FPS. Obtenu après avoir fini le jeu, il vous donne des munitions infinies et modifie complètement le gameplay pour délaisser complètement le corps à corps. Libérateur et jouissif. Une récompense intelligente, donc.
D’une difficulté raisonnable, Condemned 2 n’abuse pas du concept de jauge de vie élastique qui se re-remplit d’elle-même. En sectionnant cette dernière, le jeu vous laisse une faible marge de survie tout en vous responsabilisant.

Ce plaisant voyage en enfer
De l’expérience Condemned 2, on retire ainsi un jeu murement réfléchi et accompli avec talent. L’univers ébauché dans le premier opus devient plus concret, alternant passages de délires psychotiques et réalité sordide. Le fantastique est délié avec intelligence dans un scénario haletant, servi par un contenu remanié, des mécaniques bien plus flexibles. La linéarité des niveaux ne dérange pas vraiment, bénéficiant d’une séduction semblable à celle de Bioshock.

Ce qu’on pourrait reprocher à Condemned 2, ce pourrait être l’anecdotisme des modes en ligne et certains passages trop sombres pour être lisibles. Des défauts mineurs face à la grande qualité d’un titre qui confirme le potentiel de la série.

Une fois le jeu terminé, une autre angoisse nait. Celle de l’attente, maintenant qu’on a toutes les cartes en main, qu’on sent le paroxysme de la série nous effleurer.
Si Ethan Thomas est parvenu à venir à bout de son état de manque, le notre ne fait que commencer.

Condemned 2
Développeur : Monolith Productions
Editeur : Sega
Sortie en France : 28 mars 2008

Rémi Vermont
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