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Année 1996

L'ennui mortel face aux immortels

Lost Odyssey

RPG - Xbox 360 - Sortie en France le 29 février 2008

Tournée vers l’empathie et l’exploration des sentiments humains, Lost Odyssey s’annonçait comme un RPG flamboyant et sensible. Une œuvre passionnée qui devait conjuguer graphismes de pointe, trame épique et personnages complexes. Pourtant, dès les premières minutes de jeu, la désillusion s’installe. Quelqu’un a remplacé notre RPG avant-gardiste par un bol de soupe old-school.

Kaim Argonar est le seul survivant d’une catastrophe qui voit la destruction complète des armées de Kenth et d’Urha. Devenu une curiosité pour le conseil d’Urha, son immortalité et son amnésie feront de lui le parfait candidat pour une missions suicide à l’autre bout du continent. Le début d’une odyssée, à la poursuite de ses souvenirs et de ses sentiments, la chronique d’un homme qui a perdu son humanité à force de vivre sans fin.

En dépit d’un pitch attractif, le souffle épique faiblit très vite pour céder la place au doute. Les premiers combats sont étonnamment lents, les cinématiques sont fades. Quant aux graphismes magnifiques qu’on nous avait promis, ils ne transparaissent qu’à travers deux-trois effets graphiques un peu plus ambitieux que la concurrence. Pour une superproduction, c’est néanmoins faible, et à mesure qu’on avance, on sent tout le poids d’un héritage peser sur les épaules de Lost Odyssey. Un poids qui l’empêche d’avancer avec fluidité, mais surtout, le prive d’une quelconque chance d’évolution.

Fossile pleurer sur Lost Odyssey ?
Lost Odyssey s’avère être le jeu des incompréhensions et des clivages. Un animal malade et maladroit qui souffre se sa vieillesse. On ne comprend pas comment Takehiko Inoue, le très talentueux dessinateur des séries Slam Dunk et Vagabond, puisse nous infliger des character-designs aussi mauvais. Les costumes à breloques sont presque une parodie des excès du décrié Tetsuya Nomura, connus pour son travail sur Final Fantasy. La plupart des personnages manquent de charisme ou sont victimes d’une carnavalite aiguë. L’antagoniste principal lui-même parvient difficilement à nous arracher un bâillement.

Coquilles vides, les protagonistes stéréotypés desservent des cinématiques à la mise en scène ratée. Celles-ci oscillent entre pathétique grotesque et humour qui tombe à plat, handicapées par une cucuterie poisseuse. L’empathie que le jeu cherche à créer avec des immortels à la redécouverte de leurs affects endormis échoue lamentablement. La faute à une dramatisation minable et des dialogues pour soap bon marché.

L’utilisation d’effets comme le Picture in Picture pour se concentrer sur les expressions de visage est tout aussi ratée, car elle provoque des ralentissements indésirables. Le moteur du jeu, basé sur l’Unreal Engine 3, montre ses limites. Un défaut de réalisation qu’on perçoit tout au long du jeu, où des chutes de framerates incompréhensibles surviennent dans des décors au demeurant pauvres. D’autant plus intolérable qu’on subit des temps de chargement longuets tous les deux tableaux.

Sur la forme, Lost Odyssey affiche donc une narration molle qui ne rencontre jamais son public. Une chair soutenue par une ossature arthritique. Le système de combat, artificiellement dynamisé par un timing à respecter lors de certaines attaques, est resté figé dans les 90’s. Tour par tout avec menus et sous-menus à rallonge, formations basiques, sorts banals. La poussivité de l’ensemble, alliée à des rencontres d’ennemis aléatoires, ne provoque que des roulements d’yeux exaspérés.

Faute de goût et faute technique
A cette lenteur archaïque s’ajoute une montée en niveaux régulée à chaque dédale, de manière à empêcher le power-leveling et ainsi fesser les boss en 2 minutes. Cela n’empêche pourtant pas une certaine logique à la pierre-papier-ciseaux, où il suffit d’une capacité apprise via un objet, ou d’un sort trouvé dans un coffre pour contrer les attaques les plus dangereuses des ennemis de fin de carte.

Le système d’apprentissage par mimétisme dont bénéficient les immortels aurait pu être une bonne idée, s’il ne se révélait pas un frein à l’évolution naturelle des personnages.
En effet, en s’équipant d’un accessoire disposant d’une capacité et en accumulant des points d’expérience, on apprend la capacité liée. On sélectionne ensuite cette dernière pour l’activer dans sa liste de capacités par défaut. La somme de talents à apprendre devient vite absurde avec le nombre d’objets trouvés, sachant que certains sont redondants. Les concepteurs, pressentant la frustration des joueurs, ont incorporé la possibilité de porter plusieurs objets et retarder l’échéance de la dépression.

On se retrouve donc forcé de tourner en rond pendant des heures sans augmenter de niveau, pour le plaisir de parer son équipe à toute éventualité et éviter une défaite cuisante face à un nouvel ennemi.
Paradoxe étrange, si votre équipe d’immortels se retrouve KO, c’est le Game Over. Ils peuvent ressusciter d’eux-mêmes, mais seulement si d’autres membres sont encore en vie. Un autre choix de game-design qui souligne encore l’inadéquation entre la forme et le fond.

Le fond, l’histoire, est manichéenne et convenue, digne d’un RPG premier prix dont le marché japonais est déjà gavé. Pas de retournement de situation ni de surprise, on soupire devant chaque évènement. Régurgitation de 20 ans de clichés, Lost Odyssey lasse très rapidement.
Le développement du contexte par le biais de souvenirs à débloquer est tout aussi décourageant. Les mémoires des immortels, pavés de textes indigestes sans aucune fioriture, ne font rien pour relancer notre intérêt. Au contraire, ils enfoncent le jeu dans son obsolescence. Ce qui nous avait déjà exaspérés sur Blue Dragon devient ici encore plus lourd. Lourdingue, même.

Role Playing Gériatrie
Celui qu’on attendait comme fleuron du nouveau RPG japonais ne fait que se rouler dans la poussière de ses aînés. Décevant, faisant dodeliner des personnages vides au rythme d’une valse apathique, Lost Odyssey est un échec.

Sakaguchi n’a que trop vécu sur sa réputation et ce dernier projet est le symptôme d’une créativité stagnante, de solutions stériles pour un genre qui est arrivé depuis longtemps à maturité.

Assemblage médiocre de gloires passées, Lost Odyssey n’est qu’un RPG mort-vivant au potentiel mort-né.

Lost Odyssey
Développeur : Feelplus
Editeur : Microsoft Games
Sortie en France : 29 février 2008


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Rémi Vermont - 23 avril 2008

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