A l'heure où les enseignes de la Fnac et autres chaînes se multiplient aussi vite que les bouquins sur Sarkozy, les libraires indépendants organisent la résistance. Le 26 avril se déroulera la Fête de la Librairie, "Un livre, une rose". Présentation des festivités, et entretien avec Marie-Rose Guarnieri, à l'origine de cette manifestation.
Cette année, pour célébrer les dix ans de l'événement en France, sera diffusé un Guide insolite de la librairie avec libraires.
Cet annuaire inédit répertorie près de 400 librairies, en précisant à chaque fois des informations pratiques, des détails sur leur spécialité. Mais surtout, chaque entrée est accompagnée d'une très plaisante description des lieux. Exemple, sur la librairie Libralire à Paris : "Une librairie de quartier qui a du cachet. Tout en verre et en bois. mobilier de brocante, terrasse et fenêtre sur cour"; sur la librairie Graffiti de Castres : "C'est gentiment désordonné, chaleureux et authentique. La libraire, ancienne prof de philo, offre facilement le thé et le café...". De quoi donner envie d'aller y faire un tour.
Edité en partenariat avec Livres Hebdo, les éditions Thierry Magnier et Actes Sud, le guide s'adresse aussi bien au public qu'aux professionnels. Tiré à 25 000 exemplaires en format poche, il sera offert aux clients le jour J, dans les librairies participantes, en plus de la traditionnelle rose.
La librairie reste un univers à part, où il fait bon flâner, découvrir, retrouver. Le libraire, lui, peut s'avérer être un très bon conseiller, voire un ami pour les plus solitaires. Plus agréable que le self-service, la librairie a souvent l'avantage de la proximité géographique, mais surtout, de la proximité humaine. Ce qui reste important si l'on se souvient que vendre des livres, c'est aussi diffuser de l'imagination, du savoir, du rêve, de la pensée... De la vie.
Marie-Rose Guarnieri est la présidente de l'association Verbes, et milite pour une meilleure reconnaissance de la profession. Elle nous explique le combat des libraires en quelques questions/réponses.
Fluctuat : Les libraires indépendants sont-ils mis en danger par les grandes chaînes ?
Marie-Rose Guarnieri : Oui, les libraires sont confrontés à de réelles difficultés économiques. Il faut maintenir les lieux, proposer un vrai fonds, un vrai propos culturel. Cela nécessite des moyens, du personnel. A chaque rentrée, rien n'est sûr pour un libraire, son travail est une ligne de risque permanente. Nous achetons plus de livres que nous en vendons. J'ai parfois l'impression de me battre pour quatre lecteurs. Seulement quatre personnes qui sont des lecteurs potentiels. Mais cela vaut le coup, imaginez quatre lecteurs par librairie multipliés par quatre cents librairies.
Le 26 avril, c'est jour de fête pour les libraires...
Cette fête est très importante pour mettre en avant un véritable débat sur le métier. On parle beaucoup du problème des livres, mais jamais de celui des libraires, qui tient à des questions bien spécifiques. On place toujours l'édition tout en haut, l'auteur juste après, et le libraire au bout de la chaîne. Cette journée vise à une inversion de ce mouvement culturel, à rendre une place dynamique à la profession. Elle s'inscrit dans le cadre de la San Jordi, qui est une date très importante en Catalogne. Sous le régime de Franco, c'était le seul jour où les écrivains et intellectuels avaient droit à la parole, le droit de défendre leur liberté, avec un livre et une rose.
Pouvez-vous nous présenter Le Guide insolite de la librairie avec libraires, qui sera distribué ce jour-là ?
Ce guide est un premier pas dans la démarche qui permettra de labelliser les librairies, justement pour résister face à ces grandes chaînes qui essaie de faire croire qu'elles sont aussi originales, avec des personnels à l'écoute. Alors que c'est intrinsèquement impossible. Un lieu de masse ne se démène pas pour quatre lecteurs, comme je vous en parlais tout à l'heure. Le guide doit permettre aussi aux libraires de se contacter entre eux. Pour que l'on puisse travaille ensemble, cet annuaire est indispensable. Ensuite, il s'agit également de présenter les librairies sous un autre angle, de faire découvrir au public des lieux qu'il ne connaît pas. Il faut inciter les gens à visiter une librairie tout comme on visite un musée ou un autre lieu culturel, et à y rencontrer des professionnels qui sont aussi des acteurs de la culture.
Justement, quel est, selon vous, le portrait du libraire idéal ?
Indépendant, bien sûr. Il doit être un grand lecteur, avoir un point de vue culturel très large. Il ne doit pas être un suiviste, et ne pas avoir peur de se retrouver seul contre tous. Il ne doit pas être un censeur, doit être ouvert et accueillant. Le libraire fait vivre un espace engagé.
Propos recueillis par Céline Ngi.
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- Plus d'infos sur la page de l'Association Verbes.
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