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Exposition Babylone au Louvre

Enigmatique Babylone


Exposition Babylone au Louvre


jusqu'au 2 juin

Mythes et réalités de l'antique Babel sont convoqués au Louvre pour cette exposition majeure, qui fait le point tant sur l'actualité de la recherche archéologique que sur la survivance de la légende dans l'imaginaire collectif.

Histoire

La Tour de Babel, la Grande Prostituée de l'Apocalypse, la cité d'où naquirent toutes les langues, les « jardins suspendus »... Pêle-mêle, les divers mythes associés à l'antique cité de Babilim, fondée voici plus de quatre millénaires par les Sumériens, inventeurs de l'écriture, sur les rives de l'Euphrate (dans l'Irak actuelle), n'en finissent pas de ressurgir. Les noms d'Hammurabi, Nabuchodonosor, Sennachérib, Assurbanipal, souverains contemporains de l'Ancien Testament et de l'Égypte antique, sont liés à des figures de rois mythiques, à la fois terribles et civilisateurs, et rejoignent ceux de Moïse ou de Ramsès dans le panthéon de l'Histoire.

Monumental

Pour évoquer la plus légendaire des cités, trois musées archéologiques catégorie poids lourds ont allié leurs forces : le Louvre, le Pergamon Museum de Berlin, qui possède la Porte d'Ishtar, véritable morceau de muraille prélevé sur le site au début du XXe siècle, et le British Museum. Leurs collections respectives permettent de reconstituer la Babylone véritable, berceau de civilisation dont le rayonnement fut exceptionnel pendant deux millénaires. Ainsi retrouve-t-on le célèbre Code d'Hammurabi du Louvre (XVIIIe siècle avant J.-C.), stèle dressée de basalte noire, digest du droit babylonien qui servit de modèle au législateur pendant des siècles, ou encore les somptueux reliefs émaillés aux couleurs acides qui couvraient les murailles de la ville. Est évoquée également la monumentale ziggurat, tour à étages érigée au VIe siècle avant notre ère, « fondement du ciel et de la terre » qui donna lieu au mythe de la Tour de Babel rappelé dans la Genèse.

Fascination d'hier et d'aujourd'hui

La seconde partie de l'exposition évoque la Babylone rêvée, fantasmée ou honnie. Malgré la victoire des Perses et les dominations successives, la ville reste une capitale culturelle. Par plusieurs aspects, l'héritage babylonien perdure jusqu'à aujourd'hui — notamment par certains concepts scientifiques toujours valides (par exemple la partition de l'année en douze mois), par ses modèles littéraires comme l'Epopée de Gilgamesh, qui influencèrent en premier lieu les auteurs de la Bible, par son modèle de gouvernement, ou par ses thèmes iconographiques.

Réalité historique, Babylone est rapidement devenue objet de fantasme, fascinant les uns ou provoquant la haine des autres. Un formidable écheveau de délires divers contribua à la définir dès l'Antiquité. À la fois admirée et maudite dans la Bible, Babel et son arrogante Tour y sont symboles d'orgueil — orgueil puni par Dieu lorsqu'il la soumet à la confusion des langues avant de la détruire. Par opposition à la Jérusalem céleste, la tradition judéo-chrétienne en fait le symbole du Mal, de la « Grande Prostituée » de l'Apocalypse de Jean, à son assimilation par les Rastafariens, Bob Marley en tête, à un Occident blanc et oppresseur du peuple noir.

Rêve d'architecture

Mais c'est aussi la ville des « jardins suspendus », qui comptent parmi les sept Merveilles du monde antique, la ville utopique qui inspira les architectes, des bâtisseurs des Lumières à Franck Lloyd Wright, ou le cadre d'une tragédie de Voltaire et d'un opéra de Rossini.

Apportant un précieux témoignage à ces diverses légendes, certaines œuvres exceptionnelles, empruntées à des périodes diverses, remettent en mémoire cet héritage complexe : La Petite Tour, célébrissime tableau de Peter Bruegel l'Ancien évoquant la destruction de la Tour de Babel, architecture organique fourmillant de tous les peuples et rougeoyant de ses derniers feux ; une gravure maniériste de la Prostituée de Babylone par Dürer ; le Nebuchadnezzar rampant et avili de William Blake; plusieurs toiles apocalyptiques de John Martin ; la douce Sémiramis construisant Babylone de Degas, ou encore des extraits du film babylonien de D.W. Griffith, Intolerance. De quoi nourrir encore longtemps le mythe...

Photos de presse : illustr1 Statuette du démon Pazuzu, bronze© Photo RMN / DR, illustr2 détails Stèle du roi de Babylone, Marduk-aplaiddina II, calcaire noir© Olaf M. Teßmer / SMB-Vorderasiatisches Museum Berlin, illustr3 Lion du décor de la voie processionnelle de Marduk, regardant à gauche, briques à glaçure Paris, musée du Louvre© Photo RMN / Franck Raux, illustr4 John Martin, La Destruction de Babylone, 1831 BNF, cabinet des Estampes© Bnf ; illustr5 Peter Bruegel l’Ancien, La Petite Tour, 1563 Rotterdam, Musée Boymans van Beuningen© Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam

Babylone Paris, musée du Louvre 14 mars – 2 juin 2008 L'exposition sera ensuite présentée au Pergamon Museum de Berlin, du 26 juin au 5 octobre 2007, puis à Londres, au British Museum, du 13 novembre 2008 au 15 mars 2009. Une série d'événements à l'auditorium du Louvre complète l'exposition, notamment un colloque « La tour de Babylone », le 19 avril, ou la projection d'Intolerance de D.W. Griffith le 20 avril à 15h.

Magali Lesauvage
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