jusqu'au 23 avril au théâtre des Bouffes du Nord
Peter Brook pousse un rire beckettien au théâtre des Bouffes du Nord et présente l’auteur irlandais tout en vitalité. Là ou le comique côtoie l’abîme, la vie fait la nique à la mort. Les clowns de Brook s’affirment dans un rire franc face aux misères de l’existence.
Maladresse feintes
L'interprétation de Jos Huben et Marcello Magni se rapproche du clown. Ils allient précision physique, présence dans l’instant, et complicité avec le public dans une virtuosité technique qui cède pourtant sans mal la place à la poésie. « En somme, le type d’acteur qui m’enchante et me fascine depuis toujours, et envers lequel j’éprouve chaque fois un élan de prédilection excité et obscur, c’est l’acteur-clown. […] je le considère comme l’expression la plus aristocratique et authentique d’un tempérament."
Federico Fellini témoignait ainsi de son intérêt pour cette bête étrange. Si le clown dans l’imaginaire occidental est vulgairement associé au nez rouge et à la fleur qui fait pfuitt, c'est un véritable art, une sorte de philosophie physique qui demande un apprentissage solide. De l’ancien anglais « clot » ou « clod », qui signifie maladroit et rustaud, c’est aujourd’hui une maladresse maitrisée qui fait la nique à la perfection, soit quelque part au morbide, que cultive ces excités.
L’humour ne se résigne pas il défie (Sigmund Freud)
Ces clowns beckettien, unijambiste et aveugle de leur état, ne font rien d’autre que d’opposer à la misère de notre condition d’Homme, soit de leur condition physique et de leur impitoyable solitude, un rire franc et limpide, lucide et désintéressé, un rire grandiose. Beckett matérialise nos failles intérieures à même la peau, c’est alors jouissif de rire de ces reflets absurdes. Peter Brook délivre le dramaturge de la vaine d’ennui et de lenteur auxquels on l’associe parfois et rend hommage à son humour passionné.
Le deuxième fragment est plus sombre, le soliloque d’une vieille femme bringuebalante, émouvante Kathryn Hunter plantée dans un trou de lumière. Une litanie profonde et fragile sur la solitude et l’habitude du rien, perdu dans l’épaisseur mystique du vieux théâtre des Bouffes du Nord. Rire et tristesse se mélange pour cette vieille femme monomaniaque touchante et un peu déboulonnée.
So british
Les deux compères reviennent ensuite dans un deuxième volet sans parole nous livrer deux exercices de style. Deux Laurel et Hardy so british présentent une pantomime décalée qui oppose monsieur Heureux à monsieur Grognon, concept très simple qui trouve un écho scénique hilarant. Ils finiront travestis dans une dernière partie, plus proche alors de l’univers loufoque des Monty Pythons…impitoyable de drôlerie…
Tout au long de ces fragments, Peter Brook semble nous murmurer, à l'instar de Nietzsche qui le clamait dans son Zarathoustra: « Hommes supérieurs, apprenez à rire»…

Fragments de Samuel Beckett, mis en scène par Peter Brook au théâtre des Bouffes du Nord jusqu'au 20 avril, prolongation jusqu'au 23 avril.
Sur le web
Sur le web :
- le site du théâtre des Bouffes du Nord
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier

|
|
|
|
|
Zoom sur
Pina Bausch / Carolyn Carlson / Jean-Luc Lagarce / Peter Brook / Tim Lott / Ariane Mnouchkine / Robert Wilson / Pierre Desproges / Samuel Beckett / Antonin Artaud / Bertolt Brecht / Eugène Ionesco / William Shakespeare
- festival artirock 13 juillet le cateau
- Comment Obtenir cette couleur ?
- recherche comédien(ne)s
- Festival Bancs Publics