du 14 au 24 octobre au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers
Laurent Hatat livre une mise en scène sobre et efficace de la pièce (magnifique) de Lessing qui ne fait pas partie des œuvres incontournables enseignée à l’école (en France du moins) mais qui devrait. Elle expose la sagesse de la pensée des Lumières sur les conflits religieux, actuelle ou pas?
Il faut commencer par indiquer que la pièce est admirablement construite, il faut dire que Laurent Hatat a un peu coupé dans le texte, ce qui lui donne, telle qu’elle est représentée, un côté « folle journée », comme le metteur en scène le souligne lui-même : tout le monde se croise, se fuit, se suit jusqu’à l’explication finale qui a lieu chez le Sultan.
Pourtant, lecteur, si vous ne connaissez pas la pièce (ce qui était mon cas en allant la voir), ne vous méprenez pas ! Un côté « folle journée », oui, mais ce n’est pas Les Noces de Figaro pour autant. Un sultan, d’accord, mais on est loin de L’enlèvement au Sérail… Nous ne sommes pas chez Mozart, en Autriche, au milieu du Rococo, mais chez Lessing, en Allemagne austère et protestante… ou plutôt dans une Jérusalem du temps des croisades et de Saladin. En fait un lieu et une époque qui permettent à Lessing de servir au mieux de cadre à la pièce-parabole qu’il a imaginée.

Alors voilà : Nathan est juif et rentre chez lui après avoir ramené des contrées lointaines de précieuses marchandises et richesse. Si le juif de Lessing est un commerçant, il n’est aucunement usurier. En cela, il diffère de Shylock et autres juifs de Malte du théâtre Élisabéthain. Lessing est un homme des Lumière : son juif est un homme bon. Apprenant que sa fille a été sauvée d’un incendie par un templier, Nathan veut lui témoigner sa reconnaissance. Il apprend que ce templier a reçu de la part du sultan Saladin la vie sauve pour la ressemblance qu’il a avec le frère disparu de Saladin. Là-dessus ce dernier convie Nathan dont il a appris qu’on le surnommait « le Sage » à lui indiquer la meilleure des trois religions du Livre, au-delà du sentiment d’appartenance que chacun a envers la religion de ses pères.

Et c’est là que Nathan développe la fameuse parabole des trois anneaux qui donne sens à l’ensemble de la pièce : la fraternité entre les adeptes des trois religions-sœurs est soulignée, le primat de la raison sur la foi affirmé. Lessing considère le fait d’œuvrer pour le bien public comme l’acte de dévotion par excellence.
Candeur, naïveté ? Peut-être... dans la mesure où les guerre de religion (et Lessing ne l’ignore pas ) ont des motivations et des enjeux qui n’ont pas grand-chose à voir avec les spéculations théologiques. Mais ce qu'il pose ici, c’est un projet de société qui casse avec la logique archaïque d’appartenance à un clan, à une communauté religieuse, voire à une « civilisation » tout entière.
Si une telle pièce peut avoir des échos actuellement, il semble peu judicieux de ne pas se référer à son contexte : non pas aux croisades, utilisées par Lessing comme une toile de fond à la portée purement symbolique, mais à l’époque de Lessing, à l’Europe des Lumières, dont le rappel par quelques signes aurait enrichit la problématique proposée. Laurent Hatat a choisi l’atemporalité. Pourtant, le fait que le concept de « guerre des civilisations » resurgisse précisément aujourd’hui n’en démontre que l’historicité. L’histoire est faite de soubresauts.
Crédits photographiques© Eric Legrand
Nathan le sage. Du 14 au 24 octobre 2009 au Théâtre de la Commune d'Aubervillers. Mise en scène de Laurent Hatat, avec Azeddine Benamara, Manuel Bertrand, Mounya Boudiaf, Olivier Brabant, Sarah Capony, Alexandre Carrière, Daniel Delabesse, Céline Langlois, Damien Olivier et Bruno Tuchszer.
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