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Michael Tolliver est vivant - chroniques de San Francisco

Michael Tolliver est vivant, par Armistead Maupin

Michael Tolliver est vivant, par Armistead Maupin

Michael Tolliver est vivant, nous apprend le titre du dernier roman d'Armistead Maupin . L'auteur des célèbres Chroniques de San Francisco laisse cette fois la parole à ce personnage qui lui ressemble le plus, et qui a appris, avec le temps, ce qu'il faut de maturité et d'optimisme.
- Lire l'article consacré à la saga des chroniques de San Francisco La suite qui n’était pas une suite

Même si Armistead Maupin a tenu à préciser que Michael Tolliver est vivant ne constitue pas une suite aux Chroniques, ce titre l'inscrit dans la continuité de la série. En effet, le dernier volume se refermait sur un Michael séropositif, et préparé à « (se) faire enterrer par (son) chat ».

Michael (autrefois appelé Mouse) a maintenant la cinquantaine, et une vie plutôt apaisée. Des années assez sombres le séparent du jeune idéaliste qu’il a été ; le sida a emporté presque tout ceux qui ne rêvaient que de pouvoir jouir et aimer sans trêve. Michael y a échappé, et cela relève tant du miracle qu’au début du roman, une vieille connaissance l'interpelle en lui lançant un "Hé,[…] on te croyait mort".

Devenu jardinier à son compte, Michael est désormais marié à Ben, bien plus jeune que lui, ce qui lui vaut d’être affectueusement surnommé le «Daddy ». Mais il n’empêche que dans le couple, c’est Ben qui fait office de stabilité, qui soutiendra Michael dans ses coups durs. Hormis le fait que Michael ait désormais à calculer ses prises de viagra, rien ne semble pouvoir ternir le parfait amour que filent ces deux-là. La preuve par trois : en toute sympathie, sans l’ombre d’une jalousie, les voilà qui invitent un inconnu rencontré au bar à se joindre à eux pour la nuit…

Bio, logique, et autre tracas de la vie

Le dilemme de Michael réside donc ailleurs : Anna Madrigal, l’ex propriétaire trans de la résidence de Barbary Lane, a maintenant quatre vingt cinq ans. Si elle ne se prive jamais d’un petit joint ni d’un petit verre avant de se coucher, elle n’a plus toute sa santé. Dans un précédent volume, elle avait renoncé à un voyage pour rester avec Michael au moment où il avait appris sa séropositivité. Aujourd’hui, à son tour d’avoir besoin de la présence de son petit protégé.

Seulement, Michael est très demandé. Sa vraie mère (qui n’a jamais vraiment accepté son homosexualité) tombe elle aussi malade… et elle est en Floride. Ce qui va amener Michael à devoir renouer avec son catho de frère dans un premier temps, à devoir choisir entre Anna et sa mère dans un second.

Le roman de Maupin fonctionne donc sur cette opposition entre devoir conventionnel/instinct affectif, lien du sang/lien du cœur (qu’Anna traduit par lien biologique/lien logique). L’écrivain s’attache souvent à mettre en scène les contradictions qui rendent si complexe la vie, et parfois douloureuses les relations. On en retrouve un autre exemple à travers le personnage de Jake Greenleaf, une trans FtM (female to male), « non opéré », qui accepte encore difficilement son corps. Cette fois la contradiction est là : la nature est-elle si mal faite, pour que Jake rêve d’avoir entre les jambes ce qu’Anna a autrefois lourdement porté et qui l’a rendue si malheureuse ?

De la rareté du Happy end

Les premiers volumes des chroniques abordaient déjà largement la question de l’identité, et de la difficulté d’être soi-même dans un monde où chacun est justement… si différent. L’amant retenu par Michael et Ben est noir ; Michael est séropo ; son entourage est fait de trans, de lesbiennes, d’hétéros, tous genres et toutes classes confondues. Comment ne pas se laisser emporter par cette dynamique ode à la tolérance ?

Michael Tolliver dégage cette étrange légèreté, un optimisme sans faille en dépit des sujets tragiques qui hantent le roman, à savoir la mort et la maladie. Parce que Michael vieillit sans regret. Parce qu’il survit à la maladie, et mieux, apprend à vivre avec. Parce qu’il trouve l’amour, le vrai, et le reçoit sans se soucier du lendemain. De temps à autre, ça fait quand même du bien de lire que tout peut aller pour le mieux même dans le pire des mondes.

Céline Ngi.
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