Jusqu'au 04 avril au théâtre de Chaillot
Brio de la mise en scène, virtuosité des acteurs, ingéniosité des espaces de jeu et intrigues abracadabrantesques, La Estupidez (la connerie), avec Marcial Di Fonzo Bo, Marina Foïs et Karin Viard ne manque pas de souffle. Mais finalement la question demeure : pochade ou tragédie ?
Les intrigues imaginées par Rafael Spregelburd (auteur de la Estupidez) sont tellement complexes qu’on ne peut être que désarçonné par ces complots abracadabrants mettant en jeu un tableau dont l’origine est inventée de toute pièce par un couple d’escrocs, une bande de joueurs (comprenant une idiote et une hystérique), qui ont connaissance d’une martingale (la formule de Lorenz) leur permettant de gagner 151 dollars chaque soir au casino; le découvreur de la formule en question, laquelle pourrait sauver l’humanité lorsque celle-ci (l’humanité) disposera d’ordinateurs quantiques, mais qui (la formule) fait l’objet d’une transaction entre un journal à grand tirage (en la personne d’une chroniqueuse sans scrupules en manteau d’autruche et talons aiguille) et le fils du mathématicien poursuivi par des mafiosi siciliens. Finalement la cassette sera vendue au prix fort, mais confondue avec une autre contenant de la pop italienne et finira en miettes.
Hilarante logorrhée
Vous avez suivi ? Non ? Et bien il ne vous reste plus qu’à essayer d’obtenir une place (c’est déjà bien plein, mais on ne sait jamais…) pour voir cette bande de comédiens (Marcial Di Fonzo Bo, Marina Foïs, Pierre Maillet, Grégoire Œstermann et Karin Viard) interpréter chacun quatre rôles dans un ballet savamment orchestré, où les intrigues se superposent dans un espace scénique divisé en deux : l’avant scène représente la chambre d’un motel, et le fond figure la terrasse donnant sur une piscine. Ce qui permet de jouer en simultané des intrigues différentes. Exercice de virtuosité s’il en est puisque chacun et chacune donne la mesure de ses potentialités en les déclinant sur une gamme aussi étendue. Quelques grands moments comme les scènes où Marina Foïs énumère dans une hilarante logorrhée verbale les épisodes tragi-comiques de sa vie de jeune paumée à un policier au cœur tendre : Pierre Maillet plein de sollicitude.
Beauté et ingéniosité du décor, virtuosité des acteurs, texte habilement montée et mise en scène qui ne laisse aucune place à l’ennui. Certes. Trop d’habileté peut-être, et au fond pour dire quoi ? L’irréalisme forcené de l’esthétique et des intrigues des séries télé ? Pas toujours ; Témoin : le personnage joué par Marina Foïs évoqué plus haut qui incarne très bien ceux et celles qui errent sur les bas-côtés de la route one du rêve américain. C’est d’ailleurs ce qui la rend si émouvante. On sort du spectacle en se demandant ce à quoi on a assisté : pochade ou tragédie. La vérité est sans doute entre les deux.
Crédits photographiques ©Michel Labelle
La Estupidez de Rafael Spregelburd, mise en scène Martial Di Fonzo Bo et Élise Vigier, avec Marcial Di Fonzo Bo, Marina Foïs, Grégoire Œstermann et Karine Viard. Jusqu’au 4 avril à Chaillot
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