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Expo Louise Bourgeois au centre Pompidou

Autour de Louise


Expo Louise Bourgeois au centre Pompidou


Rétrospective jusqu'au 02 juin à Beaubourg

A la suite de la Tate Modern, le Centre Pompidou rend un hommage tardif à Louise Bourgeois, artiste quasi-centenaire pour qui « l’art est une garantie de santé mentale ». L’œuvre largement autobiographique de cette Française exilée à New York depuis 70 ans (!) plonge au cœur des affres de l’enfance et de la chair.

De son enfance, Louise Bourgeois dit qu’elle en a conservé la magie, le mystère et le drame, trois mots qui résument son œuvre.
Petit bout de bonne femme énergique, Louise Bourgeois, qui vit actuellement son 97e printemps, n’en finit pas de créer et de surprendre, ressassant inlassablement dans son œuvre les traumas de l’enfant et de la femme qu’elle fut. Depuis une vingtaine d’années, son œuvre complexe fascine les artistes contemporains, qui y trouvent une inouïe liberté d’expression, et ravit les exégètes, qui se délectent de ses multiples ramifications psychanalytiques.

Une reconnaissance tardive

Ce n’est que tardivement, autour de la quarantaine, que l’artiste parvient à trouver dans l’art du XXe siècle sa propre identité, se libérant des influences trop évidentes. C’est aussi à la même période, dans les années 1950, qu’elle acquiert la nationalité américaine, et que disparaît son père, figure masculine fondatrice dont la sexualité trop affichée perturba la jeune Louise. Ce n’est pas pour autant qu’elle se coupe de son passé : de son propre aveu, son œuvre entière est lié à son enfance. Née à Paris en 1911, Louise Bourgeois grandit dans l’atelier de tapisserie familial, puis, mariée à l’historien d’art américain Robert Goldwater, s’installe à la fin des années 1930 à New York, où elle fréquente les surréalistes exilés pendant la guerre.
Elle bénéficie d’une exposition personnelle dès l’âge de 34 ans, mais n’est reconnue internationalement qu’en 1982, grâce à une rétrospective au MoMA.
Débutant par la peinture, elle réalise ensuite des sculptures totémiques, accumulations verticales de morceaux de bois représentant les êtres chers laissés en France.

Le corps à l’œuvre

Mais ce n’est que dans les années 1960 qu’elle trouve son mode d’expression propre, employant des matériaux comme le latex et le caoutchouc pour exécuter des œuvres d’inspiration organique, explorant indifféremment l’intérieur et l’extérieur des chairs, qu’elle dissèque (Le Regard) ou assemble (Janus) librement.
Artiste femme, Louise Bourgeois place le corps au centre de son œuvre, où hommes et femmes sont réduits à leurs organes de reproduction : à la femme-matrice s’oppose l’homme-phallus. Leur représentation multiple et suggestive dit la fascination que les organes mâle et femelle, parfois confondus, exercent sur l’artiste, qui avoue porter une tendresse particulière au sexe masculin, auquel elle associe souvent la rondeur et la douceur du marbre, comme dans Cumul I (1969), sorte de forêt phallique, ou Sleep (1967), protubérance affaissée, ou qu’elle réduit (pour mieux le dominer ?), comme dans Fillette (1969), à un objet familier et fragile.

Catharsis

A partir de la fin des années 1980, ses œuvres expriment une angoisse paroxystique : les Cells (Cellules), cages monumentales qui reproduisent l’atelier de couture familial ou la chambre parentale, réactivent une sensation de claustrophobie et d’intimité forcée. Louise Bourgeois y confie au spectateur la position de voyeur, celle de l’enfant qui assistait aux drames familiaux. Faire revivre les traumatismes passés lui permet de mieux les exorciser.
Plus récemment, reprenant la tradition familiale du fil et de l’aiguille, l’artiste réalise des poupées, formes roses et molles, objets innocents qui lui permettent de mettre à distance les blessures anciennes de la sexualité, de l’enfantement (The Reticent Child, 2003) ou de la promiscuité (Seven In Bed, 2001).

Confidences trop intimes ?

Coïncidences, échos, résonances… : les œuvres de Louise Bourgeois se livrent peut-être parfois trop facilement, et les lectures évidentes tendent à faire de chaque spectateur un pseudo psychanalyste. Ainsi l’installation en latex La Destruction du père (1974), « pièce meurtrière » mêlant symboles phalliques et mammaires, paraît-elle vieillie et son contenu trop évidemment oedipien. Mais l’artiste, rusée, s’amuse à dévier le sens et à déjouer les analyses trop abruptes : sa célèbre araignée géante intitulée Maman, réalisée en 1999, représente, selon elle, la figure « maternelle et protectrice, propre et utile », et, à l’instar de sa mère tapissière, la fileuse. Réalisée en bronze, l’araignée aux longues pattes crochues est pourtant indéniablement synonyme d’angoisse et de peurs irrationnelles.

Aux œuvres monumentales et aux sculptures répondent des œuvres plus intimes, dessins et petits fétiches regroupés dans la galerie d’art graphique du Centre Pompidou sous le titre « Tendres Compulsions ». On y découvre notamment une série de dessins toute récente, Extrême tension, où Louise Bourgeois explore toujours et encore sa fascination pour le corps et ses entrailles, et une très émouvante suite de gravures intitulée 10 AM Is When You Come (2007), dédiée à son fidèle assistant Jerry Gorovoy : sur quarante feuilles de papier à musique, la main de Louise et celle de Jerry se rejoignent, disant le lien qui unit le passé et l’avenir, et l’hommage de l’artiste au futur.

Illustr1 Louise Bourgeois photo Raymond Ramis©Adagp; Illustr2 Cumul I, 1969©CNAC / MNAM dist.RMN / Philippe Migeat©Adagp;illustr3 Red Room (Parents)1994 Photo Peter Bellamy©Adagp; illustr4 Spider, 1997 Photo Frédéric Delpech / ©Louise Bourgeois ©Adagp

« Louise Bourgeois » Paris, Centre Pompidou 5 mars – 2 juin 2008

Commissaires : Marie-Laure Bernadac conservatrice générale, chargée de l’art contemporain au musée du Louvre, et Jonas Storsve, conservateur au Musée national d’art moderne, Cabinet d’art graphique.

L’exposition voyage ensuite jusqu’en 2009 aux Etats-Unis : d’abord au Guggenheim Museum de New York, puis au Museum of Contemporary Art de Los Angeles et enfin au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, à Washington.

Magali Lesauvage
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