Peintre autodidacte Maurice de Vlaminck s'est aventuré avec force et conviction hors des sentiers battus et fut l'un des représentants les plus aventureux du fauvisme. On regrettera presque que le glissement qu'opère l'époque vers le cubisme ne lui ait pas été totalement profitable.
Peintre, mais aussi violoniste et cycliste, Maurice de Vlaminck refuse non seulement l’enseignement artistique, mais prétend ne pas vouloir pervertir son œil en copiant les œuvres des musées.
Peut-être est-ce la raison pour laquelle il parvient à une telle liberté d’expression pendant ses années fauves, mais aussi ce pourquoi il ne sait pas, contrairement à son ami Derain, prendre le virage du « retour à l’ordre » : la seconde partie de sa carrière le voit peindre des toiles tout juste bonnes à décorer des boîtes de chocolat. Dans le développement de son œuvre, il manquera au peintre la « vision », celle que l’on acquiert face aux maîtres, et qui fait que des artistes commeMatisse ou Picasso, puisant sans cesse dans l’histoire de l’art, vont pouvoir renouveler la peinture.
La rencontre avec André Derain, en 1900, est essentielle. Ensemble ils se mettent en quête de paysages à peindre, et s’installent sur les bords de Seine, à Chatou, là où quelques décennies auparavant peignirent les impressionnistes. Mais tandis que ceux-ci cherchèrent à rendre les nuances douces et transparentes de cette campagne entre ciel et eau, Vlaminck et Derain vont élaborer une peinture violemment colorée, épaisse et grasse, véritable torrent de couleurs pures.
Admirateur de Van Gogh et, dans une moindre mesure, de Gauguin, Vlaminck n’hésite pas à libérer sur la toile (Les Péniches à Chatou, 1905) des flots de matière, peignant parfois directement avec le tube, au point que la peinture, alternant mat et brillance, forme des écailles désolidarisées de la surface.
En 1905 il expose aux côtés de Matisse et Derain dans la « cage aux Fauves » du Salon d’Automne.
L’artiste y fait véritablement son entrée dans l’art moderne. Mais dès 1907, Vlaminck pressent les limites de la couleur pure. Il découvre alors l’œuvre de Cézanne, et est l’un des premiers collectionneurs d’art africain et océanien. Il s’oriente dès lors très rapidement vers le cubisme — mais de la leçon cézanienne, Vlaminck ne saisit pas l’importance d’une composition forte, de même qu’il ne transpose pas dans ses toiles les audaces formelles de l’art africain, que l’on retrouve pourtant au même moment dans les Demoiselles d’Avignon de Picasso. Sa palette s’assagit immédiatement pour adopter des teintes brunes et grisées. Si quelques toiles des années 1907-1915 sont réussies, comme l’Autoportrait de 1911 au regard halluciné, d’autres (par exemple Vins, liqueurs, 1910) montrent les lacunes de composition du peintre : le cubisme de Vlaminck évoque alors plus le pastiche que l’invention individuelle.

Vlaminck, Un instinct fauve Paris, musée du Luxembourg 20 février – 20 juillet 2008
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