A 30 ans à peine, Loris Greaud investit le Palais de Tokyo et secoue le milieu de l'art contemporain. Certains n'y voit qu'un coup dispendieux de la part d’une institution en manque de reconnaissance. D'autres le projet mégalomane d’un prétentieux (qui en plus copierait sur ses aînés). D'autres encore saluent la révélation (enfin !) d’un génie français de l’art contemporain. Mais que faut-il vraiment en penser ?


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Lire aussi notre petite histoire de l'art contemporain.

Tokyo hôtel

L’exposition de Loris Gréaud est un (gros) événement dans le (petit) milieu de l’art contemporain. Notamment parce que, nous martèle-t-on à coups de chiffres, l’artiste a «moins de 30 ans et investit pour la 1e fois la totalité des 4000 m2 du Palais de Tokyo pendant 3 mois».

Le Palais de Tokyo, engageant une importante opération d’auto-promotion, clame haut et fort son soutien à la création française «émergente», bien que Loris Gréaud ait la tête hors de l’eau depuis un moment.

Beaucoup trouvent ça louche : ainsi Gérard Lefort, dans Libération, évoque une surexposition calculée par le marché de l’art. (www) Gréaud fait déjà partie de l’écurie prestigieuse de la galerie Yvon Lambert, démultipliée à New York et Paris, et reçoit le soutien de Claude Berri, grand collectionneur d’art contemporain.

Tandis que certains critiques, notamment Eric Troncy, crient au plagiat en dénombrant les emprunts multiples et assumés à certains dispositifs des artistes français Philippe Parreno ou Pierre Huyghe.

Mystère

Quoiqu’il en soit, le travail de Loris Gréaud, situé entre art et science, possède incontestablement du souffle, qualité plutôt rare de nos jours.

«Cellar Door» (le nom de l’exposition) — combinaison phonétique parfaite selon J. R. R. Tolkien, («Porte de cave» en français) est, nous dit-on, «un atelier qui rêve d’une exposition» : l’artiste, invisible, y est comme un chef d’orchestre occulte. Dans une salle de contrôle vitrée, un ingénieur anime sons et lumières, tel un savant fou qui jouerait avec les créatures nées de l’imagination de l’artiste.

Première réflexion lorsqu’on pénètre dans "l’usine rêvante" : on n’y comprend rien … mais… quelque part… c’est beau.

Dans la pénombre, il faut choisir : déambuler le nez en l’air, à savourer le mystère ambiant, ou rester le nez collé au plan, qui donne une phrase explicative pour chaque section (dite «Bulle») et provoque chez le visiteur un «Aah !» de soulagement, dès qu’il comprend.

Par exemple, il peut comprendre qu’il n’est pas nécessaire de passer une heure devant un écran à attendre la projection, puisque le film «s’interrompt automatiquement lorsqu’un visiteur entre dans l’espace et redémarre en l’absence totale de regardeur». Ce «film pour le vide» s’appelle Dark Side, et ça rappelle fortement Yves Klein. Tout comme les combats de paint-ball, organisés toutes les demi-heures dans une sorte de cage cubiste, le Stadium, où des guerriers futuristes se battent à coups de «couleur de l’immatériel», le fameux « International Klein Blue ».

Et boule de gomme

Gréaud est fasciné par le thème de l’immatériel, les références à l’art conceptuel ou à l’art minimal sont donc nombreuses dans ses œuvres: Le bonbon sans goût Celador, disponible dans des distributeurs, procure la sensation unique du rien, du vide, but suprême de l’art conceptuel.
La superbe sculpture Néon figure un Palais de Tokyo explosé et bouleverse l’espace-temps de l’exposition.
Untitled est composé de tubes fluorescents dont le gaz lumineux a été remplacé par du propane, qui exploserait en cas de connexion électrique.

Une fois dépassé un discours foisonnant où se mêlent SF, physique et parapsychologie, on se laisse envoûter par cette esthétique épurée et technique, cette forme de poésie technologique (on pense à Tatiana Trouvé) qui parvient à transmettre une sensation de merveilleux — comme dans cette forêt éclairée d’une sphère blanche qui rougeoie, et dont les arbres noirs, fabriqués en poudre à canon, font penser à un paysage expressionniste à la Tim Burton.

Illustr© Courtesy Loris Gréaud et Yvon Lambert Paris, New York

Loris Gréaud — « Cellar Door » Paris, Palais de Tokyo Jusqu’au 27 avril (Pour info : Loris Gréaud a choisi de moduler le tempo de l’exposition, la moitié du temps (de 12h à 14h, et de 20h à minuit), «Cellar Door» est en mode stand by, l’«usine à rêves» est endormie, les joujous de l’artiste sont inanimés.)

Magali Lesauvage



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