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L'Heure d'été

Critique

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La vie des morts

Avec L’Heure d’été, Olivier Assayas tente de mélanger l’intimité d’une chronique familiale à un petit traité théorique sur l’économie et l’art. Malheureusement son propos est un peu trop décrédibilisé par une vision du monde bourgeoise et dichotomique.

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Le problème d’Olivier Assayas, c’est qu’il arrive rarement à aller au-delà de ses intentions. Plus intelligent que ses films, il ne sait pas les laisser vivre sans livrer clés en main leur propre lecture et leur théorie. Ainsi de L’heure d’été qui en apparence se voudrait subtil mais qui finalement est appesanti et compromis moins par son discours que par la manière dont il s’exprime et là où il est dit. A travers l’histoire des membres d’une famille face à la dilapidation de son patrimoine, il y a d’un côté une œuvre qui tente d’interroger la question de la filiation, de l’autre un film sur la migration de l’art qui passe du quotidien à des marchés institutionnalisés. Assayas cherchant à la fois à faire une chronique du temps qui passe avec ses générations, et à montrer comment les biens d’une certaine classe sociale sont soit pervertis par leur marchandisation, soit promis à une muséification qui modifie leur histoire (ce qui est lié).

Il faut reconnaître que le projet est intéressant. En mettant en parallèle comment une famille se confronte à ses racines quand chacun vit à l’heure de la mondialisation, et pourquoi cette logique économique bouleverse nos rapports en nous poussant à défaire notre passé, Assayas crée une belle tentative généalogique mélangeant l’intime, l'art et le monde à travers l’idée du réseau qui modifie l’authenticité des choses. Problème, s’il veut donner une universalité à son sujet en l’inscrivant dans notre réalité, il est incapable de le situer ailleurs que dans les tourments existentiels d’une néo bourgeoisie citadine : les dialogues sont empruntés à un magma médiatique ambiant tandis que les personnages décalqués des pages du Monde sont tous (ou presque) des caricatures. Assayas ne peut ainsi se départir des clichés et d’un rapport de classe grossier que la mise en scène surligne en permanence (le Degas dans un sac Leclerc, la gouvernante qui choisit un vase parce que, dit-elle, il n’a pas de valeur alors qu’il est signé d’un artiste). Difficile alors de trouver sa place devant un film qui ne peut s’empêcher de tout signifier et nous rappeler pour qui il parle. Assayas a voulu faire un portrait de son époque teinté d'émotion, c'est malheureusement plutôt raté.

L'Heure d'été
De Olivier Assayas
Avec Juliette Binoche, Charles Berling, Jérémie Renier
Sortie en salles le 5 mars 2007

Illus. © MK2 Diffusion

Jérôme Dittmar