Du 24 mars au 5 avril 2011
Nouvelle édition du festival Cinéma du Réel au Centre Pompidou : entre approche historique et compétition de films récents, un regard toujours aussi passionnant porté sur une production protéiforme et vivace. Nous avons rencontré Javier Packer-Comyn, directeur artistique, pour évoquer quelques pistes de lecture et se retrouver dans ce programme foisonnant.
Depuis trois à la tête de Cinéma du Réel, Javier Packer-Comyn a réussi à créer une belle émulation autour de cet événement, lui redonnant l'aspect festif et joyeux qu'il avait perdu avec le temps (33 ans d'existence tout de même !). Un festival devenu incontournable, sur un genre en perpétuelle mutation qui semble un terrain de jeu sans cesse renouvelé par des cinéastes aux quatre coins du monde. Si on lui demande quel cinéma il défend, Javier Packer-Comyn se lance dans une définition qui démontre autant une ouverture maximale du champ des possibles qu'une exigence intellectuelle totale. La ligne « de conduite » du festival irait ainsi vers « un cinéma qui prend le pouls du monde aujourd'hui, un regard prospectif, qui introduit quelque chose de l'ordre de l'imaginaire du cinéaste. Le regard que porte le cinéaste sur le monde, sa capacité d'interprétation, d'invention, de création ». On glisse encore et toujours vers cette tentative de catégorisation des films, documentaires versus fictions. Une frontière qui n'intéresse pas Packer-Comyn : « Historiquement, la frontière entre fiction et documentaire est justifiée. Mais aujourd'hui, le champ du cinéma est plus ouvert que jamais, et cette notion de frontière n'a plus aucun sens. On se retrouve devant chaque film face à une expérience du monde, avec ses propres codes ».
Si le festival rend cette année hommage à quelques immenses vétérans, comme Richard Leacock, pilier du cinéma direct, Leo Hurwitz, qui dès les années 30 fonde une coopérative du documentaire politique avant de filmer, bien plus tard, le procès d'Eichmann, ou encore le cinéaste roumain Andrei Ujica, qui étudie depuis 20 ans les effets de la fin du communisme, on sent ici le souci de confronter l'Histoire des films à leurs formes les plus modernes. « Ce qui m'intéresse, c'est ce dialogue entre l'histoire du documentaire et sa création contemporaine. Nous allons tenter un bilan sur les années vidéo (années 80/90), alors même que maintenant la DV et les moyens techniques « grand public » permettent à chacun de faire un film.» Un dialogue qui s'instaure aussi avec et par les cinéastes. Des séances à deux, Pierre Lhomme et Renato Berta / Nicolas Philibert et son opératrice Katell Djian / Thiery Nouel et Marc-Antoine Roudil, où opérateurs et réalisateurs vont dialoguer sur les avancées techniques et leurs conséquences sur le geste cinématographique.
Si l'on devait citer quelques séances inratables, on commencerait sans doute pasr le début, et ces bobines de films de Pierre Clémenti retrouvées et présentées par Nicole Brenez jeudi 24 mars à 21h. Rareté total, et à en croire les quelques images vues, bijou solaire et radical. On continuera avec le ciné-concert sur les films de Ken Brown, trip psychédélique qui devrait mettre les spectateurs sur orbite. Un petit tour vers les Underground Rock Stars de Lech Kowalski, et puis le choc de Native Land (1938-41) de Leo Hurwitz et Paul Strand, qui aborde dans une forme très novatrice le racisme aux Etats-Unis. Et puis comme on ne l'a jamais vu, on courra voir Le Joli Mai (1963) de Chris Marker et Pierre Lhomme, ce grand film mythique et finalement assez rare.
Cinéma du réel
Du 24 mars au 5 avril
Au Centre Pompidou, au Centre Wallonie-Bruxelles, au cinéma MK2 Beaubourg et dans d'autres salles d'Ile de France.
Programme complet sur le site du festival.
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