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En voulant parler de ses origines et d’une partie souvent méprisée de la France, Dany Boon risquait le syndrôme Jean-Pierre Pernaut. Un écueil démago qu’il évite, sans pour autant se retenir de filmer son amour pour le Nord.
Pour Philippe Abrams (Kad Merad), directeur de la Poste de Salon-de-Provence, c’est le creux de la vague. Lui qui rêvait de se faire muter sur la cote d’Azur afin de sauver son couple vacillant, le voilà sous le coup d’une mesure disciplinaire : l'exil dans le Nord. Le grand Nord. Pas Lyon, pas Paris. Bergues dans le Nord Pas de Calais. Le pays de la grande dépression, celle qu’on assomme en levant le coude du matin au soir.
C’est donc au son de Brel et du Plat pays que Philippe émigre pour Bergues en déliant son spleen le long de l’autoroute A7. Une apathie muette dont il émerge avec l’impact d’un postier en K-Way rouge sur son pare-brise. Le choc des cultures commence par Antoine Bailleul (Dany Boon). Littéralement.
Les comédies populaires ont cette utopie patriotique de réconcilier le beauf et le snob. En s’enracinant dans le terroir, elles s’enlisent aussi souvent dans les clichés, et prennent des airs de fiction France 3 où le Parisien s’émerveille derrière le cul des vaches à 500m de Bagnolet. Malgré les contraintes propres à l'exercice de style "terroir et tolérance", Dany Boon joue du cliché avec légèreté. Il amène d’abord le Nord comme une légende médiévale, contée par un Galabru cabotin, il nous présente le "cheteumi" comme une créature mythique aux coutumes impénétrables, régnant sur une terre maudite en perpétuelle ère glaciaire. De cette terreur provoquée par le déracinement, Dany Boon tire un premier point de vue profane et terrifié dans lequel il nous immerge, pour l’ouvrir progressivement vers un recul amusé, un regard tendre qui frôle la nostalgie sans jamais l’embrasser sur la bouche.
Cette évolution se fait par l’acculturation spontanée de Kad qui passe du belge en pays Kenyan au parfait ch’timi d’adoption. Tous les mécanismes sociabilisants sont évoqués, du langage opaque expliqué avec un didactisme désuet, aux repas dignes d’un Petitrenaud populo. Entre deux, rupture avec ces week-ends où il rentre dans le Sud, feignant l'anéantissement pour profiter des attentions de son entourage compatissant. Le Malade imaginaire revisité, sans complexes.
Par moments, on sent les ficelles d’un Dîner de cons refaire surface, lors de passages absurdes à la Juste Leblanc.
Pourtant, au-delà de la caricature au marqueur, on ne rit pas d’eux, mais avec eux. Conscients du regard qu’on pose sur leur région, les ch’timis nous offrent même un moment d’autodérision énaurme mêlé de vaudeville. Au lieu d’une potacherie socialo-molle façon Camping, on nous offre une scène d’ébriété évoquant le duo Belmondo-Gabin dans Un Singe en hiver.
Le deuxième film de Dany Boon est une réussite, avec sa galerie de personnages entiers ou pathétiques. La franchise bonhomme s’oppose à la médiocrité des petits mensonges, l’entier bienheureux fait face à l’incomplet dépressif. Un éloge de la simplicité et du bonheur à portée de main, parfois un peu naïf, probablement parce que c’est avant tout une histoire d’amour et d’amitié.
"Quand on vient dans ch'Nord, on brait deux fois. Une fois quand on arrive et une fois quand on repart." Entre deux, on sourit un peu, on rit beaucoup.
Bienvenue chez les Ch'tis
De Dany Boon
Avec Dany Boon, Kad Merad, Zoé Félix

Illus. © Pathé Distribution