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Année 1998

Swimming with sharks

Damages

Saison 2, tous les jeudis à 20h50 sur Canal+

Coup gagnant pour Glenn Close, Damages consacre l’actrice dans un rôle d’avocate vile et perfide. Canal+, qui a eu le nez creux, l’a achetée et s’est lancé dans une campagne de publicité plutôt rare pour un programme télé. La présence de la star américaine n’y est pas étrangère, mais ce battage médiatique est-il suffisant pour faire de Damages une série originale et novatrice ? Non. Définitivement non.


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Comment relancer sa carrière lorsqu’on est une star du cinéma hollywoodien mais que les derniers rôles proposés ne sont pas à la hauteur de vos espérances ? On se jette sur le petit écran, nouvel eldorado de la création artistique au moment où le cinéma devient trop consensuel. Alors que toutes les stars de sitcom se rêvaient sur grand écran – de Michael J. Fox dans les années quatre-vingts à l’intégralité du casting de Friends fin deux mille et chez certains urgentistes – la tendance s’est inversée et aujourd’hui, c’est à la télévision que le tout Hollywood se presse. Kiefer Sutherland dans 24 Heures a ouvert la marche et aujourd’hui, de plus en plus de séries sont soutenues par une star de cinéma : Kyle MacLachlan dans Desperate Housewives (oublions l’ovni Twin Peaks, définitivement à part), Hugh Laurie dans House, James Spader dans Boston Legal, les exemples se multiplient.

Glenn Close, qui devait en avoir marre de cachetonner dans des rôles de garce qu’elle maîtrise jusqu’au bout des ongles, s’est penchée sur Damages après une incursion dans The Shield. Série faussement présentée comme judiciaire, Damages est créée par des anciens des Soprano et The Practice. Loin de se dérouler dans des tribunaux, chaque épisode plonge le spectateur au cœur d’une sombre affaire criminelle aux (trop) multiples rebondissements. Et comme souvent, le pilote est de loin l’épisode le plus abouti.

Un suspens qui s’étiole

Quatre plans fixes successifs montrent l’entrée d’un immeuble, sa porte, un ascenseur puis les battants en gros plans qui scindent l’image en deux. Ils s’ouvrent et laissent apparaître une jeune avocate couverte de sang. Elle est habillée d’un imperméable et d’une simple culotte dessous. Hébétée, elle sort et court dans la rue. L’image est granuleuse et stylisée aux couleurs sursaturées. Dans un commissariat, derrière une vitre sans tain, deux inspecteurs la regardent et s'interrogent sur son identité. Un panneau nous plonge six mois plus tôt. Le style change : les plans deviennent calmes, posées, le grain et la saturation de l’image renouent avec les canons usuels du classicisme. Ellen Parsons (Rose Byrne) est convoquée par un cabinet d'avocats, Nye & Associates, qui souhaite l'engager. Au moment de signer le contrat, elle hésite : elle vient d'obtenir une offre concurrente de la part du cabinet de Patty Hewes (Glenn Close), avocate de renom. Dans une voiture, celle-ci refuse une offre d'accord à l’amiable pour un procès de délit d'initié. Ellen est engagée pour travailler sur l'affaire, mais elle comprend vite que ce n'est pas que pour ses talents d'avocate que Patty Hewes a souhaité la prendre sous son aile, mais plutôt pour ses relations avec un témoin majeur.

Sans nul doute, ce qui interpellera le téléspectateur à la vision de Damages, c'est le jeu magistral de Glenn Close. Elle irradie littéralement la série de bout en bout avec ce personnage d’avocate perverse, manipulatrice et prête à tout pour obtenir ce qu'elle veut : du mensonge le plus bénin jusqu'aux mesures les plus abjectes, de sa vie professionnelle à sa relation avec son fils. Le reste de la distribution est à la hauteur (notons la performance toute en retenue de Zelko Ivanek), à l'exception notable de Rose Byrne qui joue comme un pied et manque singulièrement de crédibilité dans le rôle d'Ellen Parsons, avocate junior qui s’essaie laborieusement à marcher dans les traces de Patty. Malheureusement, c'est préjudiciable pour toute la série, puisqu'elle tient le second grand rôle.

L’autre force de Damages tient dans sa narration qui alterne sans arrêt les changements d’époque. Le pilote débute en 2007, revient six mois en arrière, repasse six mois plus tard, puis repart cinq mois plus tôt. Au fur et à mesure des épisodes, cette chronologie destructurée fournit les informations utiles à la compréhension de l’histoire au compte-goutte. C’est brillant en terme d’écriture, même si parfois un peu artificiel.

Un pilote qui fait de l’ombre à la série

Si le pilote est superbe, on comprend dès le second épisode que les producteurs ont grillé la moitié du financement pour cette première heure afin de convaincre les investisseurs de FX - qui produit Damages. Des sensations de flottement et d’ennui nous saisissent dès l’épisode cinq. Les scénaristes semblent savoir où ils vont, mais certaines situations s’éternisent inutilement pour faire durer le suspens et des éléments sont sciemment omis pour tenter de créer des rebondissements qui tombent franchement à plat.

Arrivé au quatrième épisode, les ficelles qui retiennent l'intrigue deviennent des cordes de rappel et le spectateur a - sensiblement - découvert tout ce qu'il y aura à apprendre dans les dix épisodes suivants. Le budget réduit se ressent sur des décors de plus en plus succincts, les personnages ne dépassent plus que rarement l'encadrement des portes et, si deux d'entre eux doivent se rencontrer, ce sera toujours dans une voiture en pleine nuit.

Car Damages n'hésite pas à recourir à des séquences téléphonées et artificielles qui semblent sortir des plus tristes heures de la télévision du précédent millénaire. Un homme de main veut s'adresser au patron d'une multinationale ? Un rendez-vous dans une voiture et l'affaire est jouée. Au quatrième épisode, où la série commence à révéler son véritable visage, un homme salement impliqué dans l’affaire de délit d’initié rencontre un témoin majeur. Celui-ci attend sans raison en haut d’un pont et regarde l’eau qui coule quand le véreux arrive à pied tenant une poussette avec un bébé entre les mains. « Rendez-moi ma vie », dit-il, éploré. « C’est ça ta vie, maintenant », répond l’homme impliqué. Et paf, il repart de l’autre côté avec sa poussette. À qui est l’enfant ? Pourquoi le balade-t-il en haut d’un pont ? On ne saura jamais.

Enfin, ce ne serait pas rendre justice à Damages que de ne pas mentionner le talent du décorateur qui a semble-t-il ajouté une ligne à son budget intitulé : « Verreries et carafes ». Rarement aura-t-on vu autant de carafes diverses et variées dans une série télévisée. C'est peut-être ce qui fait tout le sel de Damages : ces micro détails auxquels le spectateur se rattache en attendant le prochain poncif qui ne manquera pas d’arriver.

Damages est l’archétype de ces séries qui partent d’une bonne idée, mais trop désuète pour être développée sur plus de six épisodes ; alors on mise tout sur le pilote pour convaincre financier et spectateur. Et comme un soufflé raté, il retombe à la sortie du four. Mais que les fans se rassurent : une seconde saison est en route, un super rebondissement (pas loin du trentième au cours du dernier épisode) assure un retentissement à la suite de la série.


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Mark Seversen - 29 juin 2009

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